Critique – Cinéma

Les «Maria Chapdelaine» de Sébastien Pilote

Au moment où ces lignes étaient écrites, Sébastien Pilote, qui a déjà réalisé trois longs-métrages – Le vendeur (2011), Le démantèlement (2013) et La disparition des lucioles (2018) –, travaillait à son adaptation de Maria Chapdelaine. Le scénario est écrit, la distribution des rôles a commencé (Maria a même été trouvée), et le tournage devrait s’amorcer dans un avenir prochain. Dans divers entretiens, le cinéaste explique sa fascination pour le «pays de Maria»:

Ce bois-là, c’est chez nous. C’est le sable drainé par la rivière Péribonka depuis des milliers d’années. Saint-Ambroise, où je suis né, Sainte-Monique, Péribonka: c’est le même sol. Je le connais, tout comme je connais la végétation qui pousse dessus, intimement. J’ai passé mon enfance à l’explorer, cette forêt-là. […] C’est un projet qui me tient à cœur depuis longtemps, et c’est en continuité avec mes films précédents. C’est un roman qui m’obsède, que j’ai toujours aimé pour sa grande simplicité. (Le Devoir, 20 mars 2017)

Sur le plan du matériau littéraire, on note une volonté de revenir à cette simplicité originelle du récit, notamment dans la tentative de redonner aux personnages leur âge véritable: 17 ans pour Maria, 24 ans pour François, 25 ans pour Lorenzo, 28 ans pour Eutrope. Or, si l’on porte attention au style de Pilote, on conviendra que cette simplicité n’est pas pour autant synonyme d’une approche documentaire ou platement réaliste. C’est même précisément l’inverse: à considérer ses films précédents, ceux-là mêmes que Pilote affirme être «en continuité» avec Maria Chapdelaine, on trouve plutôt un travail de mise en scène qui s’appuie sur une certaine tradition classique, à la limite de la tragédie. Il y a une organicité entre personnage et paysage, un fond narratif dense et un passé lointain qui trouvent des échos jusque dans l’histoire actuelle des protagonistes (Le roi Lear et Le père Goriot dans Le démantèlement, Phèdre dans Le vendeur). Par cette rencontre des temporalités, Pilote pratique un cinéma de la confrontation dialectique des points de vue, enjeu constitutif de la finale de ses films, qui se terminent tous sur un motif ambivalent.

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