L’irrésistible ascension de Matteo Salvini

Dans cette nouvelle chronique, la journaliste et traductrice Véronique Dassas observe l’Italie, où elle vit, et renvoie à Montréal, où elle a longtemps vécu, un écho à la fois personnel et politique. Rapporter le danger, y voir ce qui sauve peut-être, et rêver d’une chose... Elle a un goût prononcé pour le clair-obscur.

Il est vrai, le vieux monde appartient au philistin. Mais nous ne devons pas le traiter en épouvantail dont on se détourne craintivement. Nous devons, au contraire, le regarder bien en face.

— Karl Marx, Correspondance, 1843

On a dit un temps que l’Italie était le laboratoire politique de l’Europe; il en sort aujourd’hui un personnage singulier, entre Matamore et Machiavel.

Début 2018, pendant la campagne électorale, Matteo Salvini affirmait avec une assurance déconcertante qu’il parviendrait au pouvoir, alors que pas grand monde le prenait au sérieux. Or, il y est. Il est ministre de l’Intérieur et vice-président du Conseil d’un gouvernement de coalition avec le Mouvement 5 étoiles (M5S) dont il est difficile de ne pas lui réserver l’aile droite. Le parti de Salvini, la Lega, n’a pourtant obtenu que 18% des voix en mars 2018 et le M5S de Luigi Di Maio, 33%. Après des mois de tractations et de scénarios divers proposés au président de la République, les deux formations sont appelées à diriger le pays, non sans avoir signé une sorte de plate-forme de gouvernement. Cela ne signifie pas qu’elles soient faites pour s’entendre; une bonne partie de la presse prétend que la coalition est à la fois gouvernement et opposition, ce qui n’est ni logique ni efficace. Le M5S, qui refuse de se définir comme étant de droite ou de gauche, aurait eu davantage de points communs avec le centre gauche, auquel il a, depuis sa fondation en 2009, volé pas mal d’électeurs et en particulier dans les régions plus pauvres du Sud. Mais le centre gauche s’est trop servi du Mouvement comme d’un repoussoir pour pouvoir se permettre d’en faire un partenaire. Et puis, il n’est plus ce qu’il était à ses débuts, ce mouvement, disent ceux qu’il a déçus, il a glissé à droite. Quant à la Lega (ex-Lega Nord), elle a une généalogie compliquée de parti régionaliste, fédéraliste, prônant même la sécession du Nord. Elle n’est pas sans expérience du pouvoir, grâce à des alliances passées avec la droite (de Berlusconi en particulier) et, à l’occasion, avec le centre gauche. Salvini a réussi à en faire, en quelques années, un parti souverainiste et national, bien qu’encore peu implanté au Sud. Les deux formations ont en commun de se présenter comme des partis de protestation: contre l’Europe, contre les «castes» au pouvoir... et, en tant que porte-parole du peuple, contre les élites.

De ce récit succinct des manœuvres qui ont mené Salvini où il est, on peut conclure sans trop se mouiller que l’expression «volonté populaire», si chère aux zélateurs de la démocratie représentative, ne recouvre qu’un fantasme.

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