Critique – Poésie

Cérémonies et souvenirs gourmands

Charles Sagalane aux fourneaux.

Il est difficile de le dire autrement: 47 atelier des saveurs, le plus récent livre de poésie de Charles Sagalane, nous fait voyager, et pas seulement de Saint-Gédéon au Japon. Les «47 fiches pour s’inviter dans l’atelier dont nous sommes les saveurs» exposent autant d’expériences gustatives et sensitives d’ici et d’ailleurs, lesquelles incluent des rencontres amicales et fami­liales, des initiations, des explorations et des plongées mémorielles.

Les poèmes d’une page, le plus souvent, se présentent dans des formes diverses: prose poétique, haïku, calligramme, liste, etc. Ils sont toujours datés, titrés et situés géographiquement; le poète y ajoute des informations quant au contexte dont chacun est issu, comme un événement déclencheur du poème, un aliment ou une œuvre d’art. Le poète n’organise pas ses poèmes selon une chronologie parfaite; quoiqu’ils suivent un déroulement mensuel (de mars à février), il y a un désordre des années (entre 1970 et 2013).

Pourquoi Sagalane désigne-t-il son recueil comme un atelier? Certes, l’atelier est un lieu de création et de fabrication, mais il est aussi un espace d’apprentissage et d’expériences, ce qui sied particulièrement bien au poète qui se fait tour à tour cueilleur, brasseur, cuisinier et dégustateur. Dans le poème «Bai Hao 1968», Sagalane boit un Wulong millésimé qui a son âge, et la densité de ses flaveurs le renvoie à celle de sa vie: «Tu es venue jusqu’à moi, dieu sait par quel chemin. Venue de loin me porter les échos du vétiver, de l’abricotier chargé de parfums, du châtaignier qui s’écoule de miel. Tu es venue vieillir avec moi […] Ma liqueur de vie – comment tiendrais-tu dans une tasse?» Il n’est pas rare que les réminis­cences gustatives appellent la venue d’autres souvenirs et que, tout à coup, les temporalités se mélangent. Comme ce «Yunnan Blend 1995» qui le ramène à sa grand-mère, aux parfums de sa maison: «La liqueur interroge les souvenirs.»

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