Critique – Fiction

La vie vivante

Leslie Kaplan déjoue l’idéologie ambiante.

On connaît peu Leslie Kaplan et, si on la connaît, c’est souvent pour L’excès-l’usine (1982), l’un des plus grands livres politiques de notre époque, récit autobiographique et poétique sur la vie en usine, qui fut célébré en son temps par Blanchot et Duras. Déplace le ciel est le troisième morceau d’un triptyque théâtral et est représentatif de l’habitude de Kaplan, soutenue par P.O.L depuis plus de trente ans, de bousculer les formes figées, imposées par l’industrie du livre. Le texte contient pourtant peu de didascalies, s’apparente à certains livres de poèmes ou à des récits «informes» à la Nathalie Quintane ou Olivier Cadiot. Dans les années soixante-dix, on appelait ça du «texte», ce que tout le monde semblait trouver normal.

Déplace le ciel est composé de dialogues entre F. et E. Les deux personnages, dans une langue volontairement sclérosée, échangent des formules de longueur et de valeur informative inégales sur la difficulté à parler de l’amour, du désir et des affects les plus intimes. Les clichés et les lieux communs ne sont pas innocents pour Kaplan. Ils incarnent les effets pervers de l’idéologie, de l’intimidation par la grande culture («alors là / tu es française quand même / c’est comme Racine / tu dois le sentir / tu dois le comprendre / c’est obligé»), de la violence de la télé-réalité et de la publicité.

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