Au Caffè in Gamba

La transmission n’est en rien un processus linéaire.

Ce matin, le 30 août, mon manuscrit achevé que je remettrai demain à mon éditeur, je m’apprête à (vous) écrire sans trop m’y être préparé; je reviens de quatre jours de relecture et d’élagage dudit manuscrit dans une auberge du bas du fleuve, entre Rivière-du-Loup et Cacouna, et je dois tout de même commencer à rédiger cette chronique alors que je sais qu’on ne la lira qu’en novembre… que la liront les rares spécimens qui se tapent le numéro entier de la revue et dont je salue la vaillance, ceux qui ne lisent que quelques chroniques ici et là et peut-être la mienne, et – Ô jactance! – ceux qui aiment… me lire moi. Des aficionados? En aurais-je? Les chroniqueurs littéraires ne savent jamais, contrairement aux joueurs de soccer dans leurs stades, s’ils ont leurs tifosi et pourtant, c’est pour ceux-là qu’inlassablement on écrit, qu’on joue, pour ceux et celles qui nous suivraient et qui pour nous retrouver auraient peut-être attendu la parution de la revue, auront jugé que sa livraison prend du retard… auront peut-être réservé leur exemplaire dans une librairie ou, s’ils sont abonnés, se seraient mis à surveiller l’arrivée du facteur… pendant qu’il passe encore.

Et soudain, là, écrire en été (on annonce une canicule dans les jours qui viennent) pour n’être lu qu’en hiver, ça me coupe l’inspiration, le précis d’un sujet m’échappe, j’avance à vue, sans actualité ni mobile. Normalement je m’en fous de ce décalage de trois mois, je vous cause préparé, ayant lu des choses, mais là je me sens comme la cigale, la bise est venue mais je ne chantais même pas… j’écrivais mon livre pardi! et puis tant pis, fort dépourvu, je me passerai de la fourmi dont on sait tous depuis le XVIIe siècle qu’elle n’est pas prêteuse…

Novembre venu, quand vous me lirez, où en serons-nous? Le gouvernement du Canada sera-t-il de type socio-démocrate, et le peuple de gauche (comme ils disent en France), saisi d’une liesse citoyenne? Le Bloc québécois sera-t-il enfin et pour de bon rayé de la carte électorale («Vieux péquistes» – vous connaissez cette chanson de Mononc’ Serge?)? Restera-t-il quelques ruines non détruites à Palmyre? Depardieu sera-t-il mort? Assange extradé en Suède? Marie-Claire Blais aura-t-elle décroché le Nobel de littérature (elle le mériterait!)? Blaise Renaud aura-t-il été renversé par un chauffard en 4 × 4, un délit de fuite? Saurons-nous qui dirigera Le Devoir, ce journal qui a besoin d’un nouvel aggiornamento (celui mené par Lise Bissonnette est si loin, on n’en voit plus les traces)? Castro aura-t-il rendu son dernier souffle avant que s’ouvre dans l’île le premier fast-food multinational? La Grèce sera-t-elle sortie de la zone euro? Janine Sutto défiera-t-elle encore son trépas? Claude Charron aura-t-il donné signe de vie, aura-t-il publié un second roman ou changé de sexe?

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Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 310 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

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