Rétroviseur

Des héros peu recommandables

Que ferions-nous sans Ducharme? Comme d’habitude, la Terre continuerait de tourner mal… La Terre, elle s’en fout, la Terre, de Ducharme et de la littérature, comme tout le monde d’ailleurs ou presque. C’est vrai qu’à jouer les fantômes… on soulève des flots d’encre et de salive et puis, «paroles, paroles »… tout s’envole en silence.

Certes, on peut toujours tenir la compta­bilité: du nombre de livres, de pièces de théâtre, de chansons, de scénarios de films qu’il a écrits, de dessins et de collages qu’il a faits, du nombre de prix qu’il a reçus, ça, c’est facile; du nombre de mots qu’il a utili­sés, c’est technologiquement faisable, du nombre d’articles qui ont été rédigés à son propos, aussi, comme de thèses, de mémoires, d’essais, de monographies, de collectifs, de romans écrits sur son compte, de colloques et d’événements organisés à son sujet, etc. En fait, tout ce qui est quanti­fiable a déjà été au moins partiellement quantifié… On pourrait aussi lancer une enquête pour savoir combien de gens l’ont lu et qui l’a lu, qui le lit encore, comment et pourquoi, interroger des bibliothécaires, des libraires, des professeurs, des étudiants, des lecteurs «ordinaires», etc.; tout comme tenir la liste de ses admirateurs, de ses imitateurs et aussi de ses détracteurs; questionner son éditeur sur les rééditions et les traductions, etc., mais basta!

Il serait plus difficile de quantifier la jubilation qu’il a procurée à ceux et à celles qui ont eu la chance de le lire et de se laisser enfirouaper. Parce qu’il faut admettre que lire Ducharme est une expérience exigeante, un peu comme entrer dans une belle-famille, composée de toute sorte de monde pas toujours recommandable: on déteste ou on s’y vautre. À commencer par la famille Einberg, par exemple: quoi de plus dysfonctionnel? Sans doute est-ce pour cela que Bérénice, la rebelle, est vite devenue un personnage-culte de la fin des années soixante. Comme ses petites camarades et consorts de l’Océantume, ce sont des enfants terribles de l’ère d’avant l’Internet, des enfants poétiques et proches de la nature, comme l’est encore la petite Fannie dans Va savoir (1994), autrement dit des enfants d’un autre temps… Tout comme Mille Milles et Tate, héros du Nez qui voque, sont des pré­adolescents tout aussi déjantés que peuvent l’être des ados, qui fréquentent même les bibliothèques!

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