Critique – Théâtre

L’art de la programmation

Sous l’influence des impératifs du marché et des bailleurs de fonds, les théâtres sont-ils condamnés à nous servir des discours interchangeables?

Le cinéma et la littérature ne font pas relâche en été. Le théâtre, lui, s’arrête. Ou il se transforme, se déplace ailleurs, se prépare. Pendant ce temps d’incubation, nous, spectateurs, suivons ou non ses mouvements vers les festivals, vers les rues et les tréteaux, ou demeurons dans l’attente «que quelque chose commence, qu’il y ait d’autre chose que soi», pour reprendre le Beckett de L’innommable. Mais qu’attendons-nous au juste?

Au moment d’écrire ces lignes, toutes les programmations de la saison 2015-2016 ne sont pas dévoilées. Certains théâtres révèlent leurs choix au printemps, entre autres pour maximiser la période des abonnements, tandis que d’autres choisissent les derniers jours d’août pour s’annoncer, ce grand écart permettant un meilleur partage de l’espace médiatique. Au seuil de cette rentrée culturelle, le spectateur se retrouve face à l’offre de spectacles – une offre de produits en fin de compte, est-ce bien ce que nous attendions? – comme devant les catalogues d’autrefois, avec en prime la liste des meilleurs coups, souvent certifiés par avance. Judicieux ou anecdotique, le commentaire des pages culturelles rivalise avec les publicités et les recommandations tous azimuts de personnalités en vogue, interpellées avant tout pour leur visibilité. Ce tri peut sembler à certains futile ou par trop normatif…

Face à cette manne, sommes-nous en mesure de départager ce qui relève d’une logique d’affaires, de stratégies commer­ciales, et ce qui relève de l’orientation artistique? Nos théâtres, bien que subventionnés (et seulement à la hauteur de plusieurs théâtres privés européens), sont en effet forcés de fonctionner comme des entreprises, avec un impératif de revenus au guichet. Le couple communications et marketing porte ainsi le fardeau du «remplissage» qui vient parfois tordre le discours artistique transmis par les équipes de création… Avec le danger que ce discours, dans un effet boomerang, ne contamine le médium comme une injonction.

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