Critique – Fiction

Aucune épiphanie

Dans une langue à la fois classique et atypique, Maxime Raymond Bock fait le récit d’une transmission désespérée.

Qui a lu les nouvelles d’Atavismes, publié en 2011, reconnaîtra encore ici le penchant de leur auteur pour les récits couvrant large en matière d’histoire et de géographie des Amériques. La novella, troisième titre de Bock, arpente notre double continent et recule jusqu’aux années soixante-dix. On s’y promène entre tropical et nordique, jungle, forêt laurentienne et espaces urbains, au fil du récit de la vie d’un écrivain raté par un narrateur lui aussi écrivain, entreprise à vue de nez casse-gueule.

Il y a du sillon de canot dans cette première tentative à se mouler à une forme plus longue, une manière de ne pas appuyer sur les évidences du réel, de fréquenter la traque de terre, la rue boueuse, le sentier qui se perd dans un boisé. Comme un poème, on doit relire le texte entier pour arriver à en entendre clairement la musique et y prendre un plaisir qui est celui de la reconnaissance. Le récit nous transporte vite, depuis Saint-Donat, à cinq heures et demie en carriole à chevaux au nord-ouest, dans un espace étouffant, un chantier, un camp de bûcherons, qui donne sur un autre totalement ouvert, la forêt boréale. «En frottant les chaudrons et en désossant des masses de viande», Robert Lacerte alias Baloney, né le 18 novembre 1941, quatorze ans, voit son ami Denis recevoir un paquet qui scellera son destin, «gros comme une boîte à musique» et contenant une quinzaine de recueils de poètes canadiens-français, une centaine de feuilles, des crayons de plomb.

Mais la novella de Bock n’a rien du conte initiatique. Si Alain Grandbois, Gilles Hénault, Saint-Denys Garneau et Anne Hébert marquent pour Baloney l’origine de sa manie de gribouiller le papier, les calepins, les napperons de restaurant, le derrière des factures, n’importe quoi, le narrateur, qui rencontrera dix-huit mois avant sa mort un homme n’étant déjà presque plus qu’un fantôme, tente de réveiller une vie dont «la boucle fondamentale» est devenue immuable. Normalement, une existence passée à perdre son temps à écrire, sinon passée entre le juke-box et la machine à peluches qui en faisaient le quotidien, aurait dû passer inaperçue, Lacerte n’ayant de son vivant publié que trois brochures.

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