Dossier

La souveraineté à la défense du politique

Pourquoi sortir le Québec du Canada? La question demande plus que des arguments économiques ou culturels; elle doit faire l’examen du sens de la souveraineté à l’ère de la globalisation.

Dans les relations entre États, souveraineté signifie indépendance.

— Max Huber

1. La souveraineté au présent

La souveraineté, qu’ossa donne?

Voilà la question toute simple que posent aujourd’hui des gens éclairés qui ont vu le monde, ou qui y ont été vus, et qui sont arrivés à la conclusion qu’il faudrait de graves et incontes­tables raisons pour modifier un morceau de notre ordre établi alors qu’il n’est pas pire que bien d’autres. La question nationale est une vieille question qui fait du surplace et même les gens ordinaires, disent ceux qui le sont moins, sont rendus «ailleurs». De toute manière, la souve­raineté ne serait-elle pas devenue elle-même une sorte de mythe, le nom que les pays qui s’en réclament donnent désormais à leur effort d’adaptation à tout ce qui se présente comme une tendance? Quelle est l’utilité d’être indépendant dans un monde d’inter­dépendances? Non seulement faut-il se demander s’il est encore possible de devenir formellement souverain sans l’accord de ceux avec qui nous sommes en interdépendance réelle, mais encore faudrait-il savoir si la souveraineté serait payante ou coûteuse, et pour qui. Il faudrait savoir par quel mystérieux détour elle améliorerait nos écoles ou réduirait les files d’attente dans les hôpitaux. Il faudrait savoir, bref, ce que ça signifierait dans le concret ce «machin», cette «idée» qui a été lancée dans la politique il y a bien longtemps, mais qui se présente maintenant comme une simple question économique.

Une fois que ce train de questions a fini de vous rouler sur les pieds, le sain scepticisme qu’il charrie est censé avoir mis sous vos yeux toute chose à plat. «Souveraineté» a beau signifier «indépendance», le malheur c’est que l’une et l’autre ne signifient plus grand-chose. Qu’est-ce que c’est que la souveraineté, qu’est-ce que ça changerait? Personne ne pourra vous le dire au juste. Amazon continuerait de suivre nos directives sans abuser des numéros de cartes de crédit qui lui sont confiés, quelques dizaines de milliers de tweets oblige­raient toujours Hilary à s’excuser pour un message potentiellement offensant, l’Agence de l’aviation civile interna­tionale veillerait, au bénéfice de tous, sur l’égale qualité des coucous que font voler dictateurs et démocrates et les quelques centaines de milliers de caméras de surveillance vendues chaque année dissuaderaient toujours ceux à qui vos reins ou vos chaussures font envie de les prendre de force. Dans quelle fraction de la réalité, au juste, la souveraineté pourrait-elle, au mieux, apporter des améliorations? Dans le domaine de la sécurité (des placements, des personnes, des biens, des droits, des eaux, des airs, des routes et des informations), par exemple, qu’est-ce que la souveraineté pourrait faire de plus que ce qui se fait déjà?

Et d’ailleurs, la souveraineté de qui?

Juste au moment où l’on croit avoir essuyé la liste complète des mises en garde de ceux qui ne veulent pas lâcher la proie d’un monde acceptable pour l’ombre du paradis, c’est une seconde déclinaison qui s’amorce, portant cette fois sur le qui plutôt que sur le quoi. Comme quoi un train peut en cacher un autre.

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