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La faute aux intellectuels…

Chronique de l’intolérance

«Il a étudié toute sa vie mais il n’a jamais rien fait!» Souvent entendue au Québec, cette petite phrase est révélatrice d’une conception qu’on y a de l’activité intellectuelle comme d’une entreprise fondamentalement gratuite, donc inutile. Admis en tant qu’étape vers l’obtention d’un job précis ou comme vernis ajouté à une formation pratique mâtinée de prétentions sociales (qu’on se rappelle le succès initial du cégep perçu d’abord comme un cours classique démocratisé), l’acquisition d’une culture savante ou l’apprentissage de la réflexion critique ne se justifieraient pas en eux-mêmes.

Beaucoup concevront difficilement par exemple que ce marathon à caractère un peu initiatique qu’est un doctorat puisse «donner» autre chose que de l’avancement ou une augmentation de salaire. «Je croyais que tu travaillais!» lancera-t-on avec soulagement au professeur qu’un appel téléphonique aura surpris en train de rédiger sa thèse plutôt que de corriger les copies de ses élèves…

Depuis toujours ambigu, le statut des intellectuels est d’autant plus à la baisse ces temps-ci au Québec que l’heure est à l’exaltation de la rentabilité immédiate, de la productivité mesurable et de la recherche appliquée. Tout effort théorique a mauvaise presse et plus que jamais la réalité ne semble épouser que les formes pléonastiques du «vécu quotidien». Le paradoxe ressort donc d’autant plus nettement de l’influence accrue qu’on prête aux intellectuels dans la société d’aujourd’hui.

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