Critique – Cinéma

Massacrer sa famille

Quand Hollywood enjoint à refuser, jusqu’au massacre, tout ce qui limite l’affirmation de soi.

S’appuyer sur le principe de distanciation pour amener son public à porter un œil critique sur ce qu’il voit, c’est ce qu’évite stratégiquement Sinister 2. En effet, le film joue à énoncer la psychose dans le film, mais aussi, par la mise en abyme, celle du film, sans perturber la logique de séduction hollywoodienne. Il témoigne ainsi pleinement de l’intelligence perverse d’une mouvance du cinéma commercial américain, plus radicale que jamais dans sa promotion de la liberté. Et fait du film d’horreur non plus un exutoire, mais une contribution à notre mal-être.

Sinister 2 invite à s’identifier à deux jeunes frères, sortes d’Abel et Caïn désirant rejoindre un groupe d’«enfants-morts» qui, ayant tué leur famille, jouissent de la vie éternelle. Le film propose à ces enfants-rois la possibilité concrète de tuer leurs proches quand ils n’obtiennent pas ce qu’ils attendent d’eux – par électrocution, par immolation, par noyade ou en s’inspirant des expériences médicales nazies. L’enfant poltron, incapable de regarder l’horreur à l’écran, y est opposé à son frère courageux, qui gagne en bravoure non seulement parce qu’il a regardé l’horreur, mais aussi parce qu’il a commis de telles atrocités. Le massacre est ainsi décrit comme une étape dans le processus de maturation de l’individu, une preuve de sa capacité à se dépasser. Alors que tout un chacun s’inquiète des tueries spontanées ponctuant l’actualité américaine, l’industrie hollywoodienne invite à refuser jusqu’au massacre tout ce qui limite l’affirmation de soi.

La présence de la caméra est incontournable dans l’opération sanguinaire: il faut absolument filmer ça! Quand l’enfant s’exécute, la consigne est claire: sans caméra, le massacre n’a aucune valeur. La caméra se brise… l’enfant fait une crise: pourquoi tuerait-il ses parents si personne ne peut le voir? Le film est une métaphore explicite de la part jouée par la médiatisation spectaculaire dans la démence et le narcissisme grandissants de nos vies.

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