Critique – Poésie

Au désordre

L’esthétique décadente et dionysiaque d’Antonio Porta.

I rapporti a été rédigé entre 1958 et 1964 et publié en 1966 par le poète italien Leo Paolazzi, connu sous le pseudonyme d’Antonio Porta, l’un des fondateurs du mouvement d’avant-garde italien Gruppo 63. Il a aussi été éditeur de revues littéraires, critique littéraire et professeur dans diffé­rentes universités prestigieuses (Yale, Bologne, Rome). Issu de la néo-avant-garde italienne, Gruppo 63 voit le jour à Palerme en 1963 et compte en ses rangs des écrivains comme Nanni Balestrini et Umberto Eco, appuyés par des artistes comme Pier Paolo Pasolini. Les auteurs prônent une expérimentation formelle et langagière qui prend position contre une écriture dominante qu’ils trouvent conventionnelle et sans profondeur sémantique et structurale. Porta sait que trouver sa voix et la garder est un privilège: «La voix, privée, unique / mets-la à l’abri: demain elle te sera / soustraite, comme à beaucoup désormais […].»

La première traduction française de Porta est rendue possible par la très dynamique maison d’édition Nous, fondée par Benoît Casas en 1999, qui publie des livres de philosophie et de poésie, d’Alain Badiou à Jacques Roubaud. Notons que leur traduction de Tender Buttons (1914) de Gertrude Stein est à notre avis un incontournable de leur catalogue (Tendres Boutons, 2005).

S’il existe des singularités thématiques et formelles entre les différents textes des trois sections, il m’intéresse de souligner la cohésion de l’univers original de Porta. Les individus qu’on y rencontre subissent une somme colossale de violences et de tor­tures, ils sont souvent à mi-chemin entre la vie et la mort, entre l’humain et l’animal, entre l’oppression des murs et l’humus de la forêt, toujours à la recherche d’une issue. Dans les épigrammes intitulés «L’énigme naturelle», on croise un «enfant gris bleu», «avec sa queue de renard», qui sort de sa tanière pour finalement se voir contraint d’y retourner: «Staline m’a téléphoné: il y aura / la guerre»; «Dormons, il n’y a rien à faire ou à dire.» Comparer la guerre à un jeu participe de la satire, «au milieu de la forêt, chinchilla gris-bleu, près du corps, dans le noir, / pensons un autre jeu», et dans les épi­grammes qui suivent, «on joue, ça s’appelle autodestruction».

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