Critique – Essai

Une mésaventure intellectuelle

Avec lucidité, Monique LaRue convoque Hannah Arendt afin de cerner une controverse dont elle a été l’épicentre.

C’est en 2013 que La leçon de Jérusalem trouve son point de départ. Monique LaRue assiste à une projection du très bon film de la cinéaste allemande Margarethe von Trotta consacré à la controverse créée par Hannah Arendt à la publication, en 1963, de son livre Eichmann à Jérusalem. Le film agit comme un révélateur et elle décide alors de revenir sur «L’Affaire LaRue». Rappelons les méandres de cette histoire, éclaircie par le professeur Dominique Garand dans nombre de publications.

En 1996, LaRue avait prononcé à l’Université de Montréal la conférence «L’arpenteur et le navigateur», où elle rapportait les propos d’un collègue écrivain défendant l’idée qu’une littérature nationale consistante et intègre devrait se méfier de l’emprise des auteurs «migrants» sur ses institutions. L’écrivaine avait choisi d’explorer le fonctionnement de ce discours identitaire plutôt que d’en réfuter chacun des arguments. Dans son texte, LaRue mettait en avant sa compétence de romancière, à l’écoute des mots des autres, déterminée à se «colleter au réel, à [s]’y cramponner et à y revenir sans cesse pour le saisir, car les mots, c’est connu mais on l’oublie si vite, peuvent nous emporter loin de la réalité, et ce n’est pas ce que nous voulons faire ici», rappelait-elle dans le texte. Elle n’aurait su mieux dire.

À ce moment-là, la revue Vice Versa s’apprête à mourir, peut-être signe que le transculturalisme et le concept d’écriture migrante comme pensé par Régine Robin ou Marco Miccone dans ses pages sont passés dans les mœurs et ont été acceptés par une communauté intellectuelle suffisamment large. Par ailleurs, le référendum a laissé au passage quelques cicatrices et les positions nationalo-identitaires de certains se sont crispées. Bref, LaRue arrive dans un champ miné où il est virtuellement impossible de faire usage de mesure ou encore d’ironie. Or, ces modalités du discours sont, me semble-t-il, le propre de la prose d’idées de LaRue. Elle pense en effet, par son essai polémique, brasser la cage d’une frange de l’intelligentsia québécoise qui dans la foulée du référendum ne navigue pas suffisamment, obsédée par la protection de nos quelques arpents de neige. Or, LaRue y fait visiblement preuve d’un esprit trop dialectique, car c’est l’inverse qui se produit: elle est violemment taxée de se «cacher derrière son personnage» pour émettre des opinions xénophobes. Certains, Lise Bissonnette qui n’a pas peur des choses crues, Réginald Martel et Pierre Nepveu, qui l’avait invitée à prononcer la conférence, se portent tout de même à sa défense.

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