Critique – Fiction

Le mythe d’une amérique postraciale

Ta-Nehisi Coates dévoile la persistance de la logique esclavagiste.

Le soir où il apprend que le policier ayant abattu Michael Brown ne sera pas inculpé, un adolescent découvre pour la première fois le gouffre qui le sépare d’une partie de la population, dont il ne s’était pourtant pas senti bien différent jusqu’alors. Son père, voyant sa stupéfaction et sa douleur, en profite pour lui annoncer, dans une lettre triste et hargneuse, que son réveil est salutaire, et que la situation ne changera pas. Naître noir aux États-Unis signifie encore naître dans un corps susceptible d’être détruit en toute impunité par des forces démesurées, qui se sont enrichies à travers une domination aussi vieille que l’Amé­rique démocratique.

L’auteur de cette lettre, le journaliste Ta-Nehisi Coates, raconte comment, issu d’un milieu populaire à Baltimore, il n’a jamais eu la possibilité de croire, comme son fils, au mythe d’une société qui condamne réellement le racisme et la discrimination. La violence l’a accueilli dès les premières années de sa vie. Le livre, comme une sorte de Bildungsroman, constitue le récit de son éducation intellectuelle et politique, de l’enfance à l’âge adulte. Comme dans les meilleures œuvres du genre, le savoir acquis est tissé de négativité et de pessimisme. À la maison, son père punit ses erreurs à coups de ceinture pour lui apprendre, avant que d’autres ne le fassent, le prix à payer pour tout écart.

Dans la rue, les jeunes rivalisent de cruauté et d’arrogance pour prouver qu’ils sont les plus forts – prétention de paumés qui, s’ils ne meurent pas avant, seront bien vite remis à leur place par le système judiciaire. À l’école, Coates constate qu’on enseigne la grandeur de Martin Luther King et de la non-violence pour mieux rendre docile une population exploitée, tout en se munissant, du côté de la Loi, d’armes de plus en plus puissantes. Malcolm X sera une figure bien plus séduisante pour le jeune homme, qui continuera de s’en prendre à l’aveuglement volontaire des «Rêveurs» – allusion au discours de Luther King – tout au long de son récit.

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