Hommage

«Oui, mais…»

En 1995, collègues, amis et étudiants offrent à Gilles Marcotte un volume de miscellanées. Il y signe un texte, «Le gros animal», dans lequel il cite une phrase de Northrop Frye: «L’Art, notamment, apparaît dès que le “je n’aime pas cela” se mue en “ce n’est pas ainsi que j’imaginerais la chose”.» Cette phrase, écrit Marcotte, «les étudiants qui ont eu le bonheur – mitigé, si j’en juge par certaines réactions – de suivre mes cours sur le roman l’ont certainement entendue de nombreuses fois.» Le ton de cette déclaration illustre bien l’ironie marcottienne. La phrase de Frye, elle, résume Marcotte, l’homme, le critique et l’écrivain.

Quiconque a jamais discuté avec Gilles Marcotte sait qu’il affectionnait la formule «Oui, mais». Même quand il était d’accord avec vous, il ne l’était jamais complètement. Les discussions avec lui n’étaient jamais simples. Même dures, voire orageuses, elles se faisaient toujours dans le plus grand respect, y compris sur des sujets qui pouvaient le fâcher (le nationalisme politique, l’«entropie nationaliste» en littérature, le hockey). Il fallait être prêt et tenir son bout. L’esprit de contradiction, ça le connaissait.

On comprend dès lors pourquoi un romancier comme Réjean Ducharme pouvait tant lui plaire. Relisons les premières lignes du Nez qui voque (1967): «Le soir de la reddition de Bréda, Roger de la Tour de Babel, avocat au Châtelet, prit sa canne et s’en alla. En 1954, à Tracy, Maurice Duplessis, avocat au Châtelet, mourut d’hémorragie cérébrale; célèbre et célibataire.» Le premier ministre québécois Maurice Duplessis n’était pas avocat au Châtelet, il est mort en 1959 à Schefferville. Voilà une illustration superbe de la position de Frye. L’auteur du Roman à l’imparfait (1976) reviendra constamment à Ducharme, dans des articles et chapitres de livres, quelques-uns repris dans Littératures et circonstances (1989, rééd. 2015), aussi bien que dans sa Petite anthologie péremptoire de la littérature québécoise (2006).

La suite de cet article est protégée

Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 311 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

Mais pour ne rien manquer, le mieux, c’est encore de s’abonner!