Dossier

Margaret Thatcher, les melons d’eau, la société

En se voulant apolitiques, les écologistes se privent de toute capacité de changement.

Le vendredi 10 avril 2015, la veille d’une manifestation écologiste se tenant à Québec, le quotidien Le Soleil publie un article au titre évocateur: «La droite et les verts: chronique d’un divorce.» D’entrée de jeu, le journaliste se surprend que «gauchistes» et «écolos» soient systématiquement associés. Cela ne nuit-il pas à la cause de ces derniers? La droite n’a-t-elle pas déjà été «verte» elle aussi, s’interroge-t-il? Il rappelle au passage les convictions environnementalistes de Margaret Thatcher. Il est vrai que la Dame de fer a été l’une des premières politiciennes majeures à adopter une position ferme dans la lutte contre les changements climatiques. En 1989, devant l’Assemblée générale des Nations unies, elle tenait des propos qui pourraient aujourd’hui être ceux d’un militant de Greenpeace: «The danger of global warming is as yet unseen, but real enough for us to make changes and sacrifices, so that we do not live at the expense of future generations.» Que s’est-il donc passé pour que la droite oublie ses vertus écologistes?

Questionnés par le même journaliste, deux représentants d’organisations écologistes québécoises se défendent vivement d’avoir des accointances idéologiques avec la gauche. On peut comprendre les raisons, politiques et stratégiques, de cette réticence. À la veille de leur manifestation, ils veulent paraître le plus rassembleurs possible. Afin de démontrer l’ouverture du mouvement écologiste aux milieux moins progressistes, l’un d’eux cite en exemple l’alliance SWITCH, un regroupement d’entreprises et d’organisations voulant «verdir l’économie québécoise». Leur comité sur «l’éco­fiscalité» est d’ailleurs coprésidé par nul autre qu’Yves-Thomas Dorval, président du Conseil du patronat du Québec, dont on connaît trop bien les positions en matière de politiques fiscales. Si le leader écologiste en question reconnaît qu’il y a parfois des divergences de stratégies («Les gens du capital de risque, par exemple, ont des revendications, mais ils ne font pas de marches»), il se fait toutefois rassurant: «on se rejoint et on travaille ensemble», conclut-il.

Dans un contexte où la gauche québécoise a mauvaise presse, le terme lui-même ayant acquis une connotation péjorative sur plusieurs tribunes, notamment celles de la capitale nationale, on comprend pourquoi beaucoup de militants écologistes préfèrent se tenir loin de la traditionnelle division gauche-droite. L’objectif, de toute évidence, est de positionner l’enjeu écologique «au-dessus» des débats politiques «ordinaires», pour mieux en faire ressortir le caractère extraordinaire, unique. Peu de gens savent que les récentes tentatives de lier, au Québec, la mobilisation contre l’austérité et celle contre les changements climatiques ont achoppé en partie pour ces raisons; les organisations écologistes ont en effet voulu éviter d’être associées aux mouvements sociaux progressistes par crainte «d’antagoniser» le gouvernent Couillard, perçu comme un allié potentiel dans la lutte aux changements climatiques.

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