Entretien

Pierre Dardot

Construire des institutions qui libèrent

Depuis plusieurs années, le philosophe Pierre Dardot, en collaboration avec le sociologue Christian Laval, interroge, analyse et critique le néolibéralisme, tout en réactualisant la pensée de Marx. Leur dernier ouvrage, Commun. Essai sur la révolution au XXIe siècle, s’intéresse à la création d’institutions du commun pour contrer la dévastation actuelle de la solidarité sociale. Liberté a rencontré Pierre Dardot lors de son passage à Montréal en novembre dernier.

Liberté — Pourriez-vous tout d’abord évoquer pour nous votre parcours et notamment votre collaboration avec Christian Laval.

Pierre Dardot — Je suis philosophe de formation, Christian est quant à lui sociologue. Nous tenons beaucoup à une pratique de l’interdisciplinarité qui relève déjà, à sa manière, d’une sorte de «commun intellectuel», puisqu’elle a permis la rédaction de quatre ouvrages, soit Sauver Marx?; La nouvelle raison du monde; Marx, prénom: Karl; et Commun. Au-delà des titres, tels agrégation ou doctorat, nos biographies ne ressemblent guère à celles d’universitaires classiques. Relativement au monde acadé­mique, nous avons longtemps été des «outsiders» et, à bien des égards, le sommes restés. Nous ne nous en sommes jamais plaints, car cela nous a donné une grande indépendance dans nos travaux de recherche.

Nous avons ainsi échappé aux contraintes institutionnelles et aux injonctions bureaucratiques qui pèsent lourdement sur le travail des chercheurs en titre et qui conduisent trop souvent au conformisme et au carriérisme. N’ayant eu par bonheur aucun besoin de financement, nous avons pu rester à l’écart de tous ces grands programmes qui tendent à normaliser la recherche selon une logique étroitement utilitariste. Nous avons créé notre propre espace de travail, nos propres rythmes et nos propres manières d’avancer sans rien concéder aux contraintes de publication d’articles ou aux impératifs de «reconnaissance par les pairs». Ainsi est né au printemps 2004 un groupe d’études et de recherches dénommé «Question Marx», dont l’objectif déclaré était, et reste d’ailleurs, de contribuer à l’indispensable renouveau de la pensée critique. Il s’agissait pour nous d’interroger de manière radicale un certain nombre de schèmes intellectuels hérités du marxisme, dont notamment la croyance en un progrès historique engendré par l’autodévelop­pement du capital – ce que nous appelons la «croyance progressiste» –, schèmes qui nous semblaient faire obstacle à la tâche consistant à affronter intellectuellement et politiquement le néolibéralisme.

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