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Paris

Écrivaine associée à l’américanité, Marie-Claire Blais a aussi effectué de longs séjours en France au début des années 1970. En décembre 1993, dans un numéro de Liberté intitulé «Écrire à Paris», elle publiait ce texte qui témoigne de l’importance qu’a revêtue la capitale française dans son travail d’écriture.

Paris.

Paris, c’est un matin de brouillard de 1961 à l’aéroport d’Orly, c’est une lourde atmosphère de violence engendrée par la guerre, ses déchirements politiques et sociaux quand l’Algérie est sur le point d’être indépendante, peu de temps avant les accords d’Évian et l’exode de milliers de Français d’Algérie vers la France.

C’est aussi une modeste chambre, boulevard Raspail, une cohabitation difficile avec des amis boursiers; c’est l’errance le soir, après les repas pris en commun, vers les rues de Montparnasse, c’est la nuit, la solitude de chacun de nous dans notre groupe, filles ou garçons, qui tentons farouchement en secret le risque de nos expériences de jeunesse en pays étranger, rentrant à l’aube à l’hôtel pour croiser nos pâles visages effrayés que reflète le miroir de l’ascenseur.

C’est Guy qui incarne souvent, pendant de longs et brefs séjours, la ville de Paris, son immense culture et son mystérieux passé aux proches sophistications et décadences. Je le compare déjà à un personnage proustien. (N’est-ce pas l’ami aussi qui sera toujours lié à mon aventure d’écrivain vivant à Paris?) Avec son allure de dandy, sa vieille tête d’intel­lectuel sur de frêles épaules de jeune homme, il a alors trente-trois ans, il est le Jean Santeuil encore mondain qui fréquente les abords de la haute société, bien qu’il ne soit à l’époque, comme l’était Kafka, qu’«un humble employé de bureau», observe-t-il, ce Jean Santeuil qui retarde toujours l’heure d’écrire pour cultiver ses élégants plaisirs, la lecture des auteurs anglais pendant ses voyages à Venise, l’étude de l’architecture, de la peinture, de la musique quand il rentre dans son appartement de banlieue, le soir, après le travail, appartement dont la salle de bain a été installée dehors, dans une cabane du jardin.

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Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 312 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

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