Critique – Cinéma

Prêcher aux convertis

Documentaire militant cherche puissance de cinéma.

De 2012 à 2015, le documentariste Olivier D. Asselin a suivi le parcours de plusieurs opposants à l’installation d’un pipeline au Québec: un environnementaliste, deux militants écologistes et un (ex-)ministre péquiste responsable du développement durable, aussi ex-militant. Un film réalisé par et sur des militants peut-il s’adresser à qui n’est pas déjà acquis à sa cause? Asselin montre bien comment des partisans se saisissent de leurs droits démocratiques pour défendre leurs idéaux: manifestations, coups d’éclat médiatiques, ateliers, réunions politiques, etc. Toutefois, le «pouvoir» du titre brille par son absence. La focalisation sur quelques groupes de pression donne l’impression d’un rapport de force significatif entre ces derniers et les conglomérats transnationaux. Une véritable démonstration qui rendrait sensibles l’étendue du pouvoir des pétrolières et la complexité de l’intégration du pétrole dans l’économie relativiserait probablement le poids de ceux qui militent au nom d’idéaux comme la justice et la liberté en même temps que, concrètement, pour sauver des bélugas. Entre les deux, il y a beaucoup de questions à poser. Démonter la logique d’un «adversaire» permet d’y opposer avec force ses propres arguments. Mais si tout est évident, pourquoi tenter d’arracher un sens au réel qui se révèle de lui-même par le simple prélèvement visuel?

La question de savoir comment montrer ne semble plus préoccuper grand-monde, que ce soit au plan esthétique ou politique. Il faut dire que l’art militant a de longue date eu tendance à privilégier le tranchant du slogan à l’esthétique, considérée comme bourgeoise. Le principal souci consiste donc à être au bon endroit au bon moment pour capter les actions et les réactions qu’elles suscitent (une militante se cadenasse sur une clôture, la police arrive, les médias aussi). L’efficacité semble le seul mot d’ordre, comme si avaient été réglées depuis longtemps les questions soulevées par les rapports complexes entre images et sens. Comment faut-il filmer pour rendre l’image et son propos plus puissants? Il fut un temps où les contraintes techniques réclamaient un sens de la mise en scène et un esprit sélectif, intuitif et ingénieux. Avec les caméras pratiquement auto­nomes et la mémoire numé­rique infinie, c’est comme s’il n’y avait qu’à braquer l’objectif sur des sujets parlants, puis «on fera le reste au montage». La télévision, dont l’appui est souvent indispensable au financement des documentaires, continue donc d’imposer sa pauvre culture du «droit au but», du punch, du 44 minutes, et son mépris du public. Elle a horreur des risques esthétiques. Tout cela a été dit, mille fois. Mais les documentaires ne s’en portent pas mieux depuis la première fois qu’on l’a dit, même à l’ONF.

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