Critique – Cinéma

Choisir la vie

Un «autoportrait» de la Syrie: des images impossibles et nécessaires.

Le 9 mai 2011, le cinéaste syrien Ossama Mohammed se rend à Cannes, mais sans film à présenter aux festivaliers faute de pouvoir tourner dans son pays. Il accorde néanmoins des entrevues, s’exprime sur la situation en Syrie, parle des images qu’il dit porter en lui. Celles, par exemple, d’un adolescent en sous-vêtement prosterné sur la botte d’un militaire. Le garçon avait écrit: «Le peuple veut la chute du régime.» Il est emprisonné, torturé, il doit lécher la botte. Ses proches demandent sa libération. «Oubliez-le, leur dit-on. Faites un autre enfant, et si vous n’y arrivez pas, amenez-nous vos femmes.»

Révolution, répression sanglante, guerre, exil, refus de la soumission. C’est la matière même du film Eau Argentée, Syrie autoportrait. Le documentaire raconte également sa propre genèse, de l’impossibilité de filmer à sa réalisation: les images portées par la parole en 2011 seront ainsi portées à l’écran en 2014. Mohammed réalise le film avec des images sorties de multiples caméras, trouvées notamment sur le Web, dont celles de tortionnaires se filmant eux-mêmes en train de torturer, d’humilier, même de chanter. Ossama peut ainsi affirmer dans le géné­rique: «C’est le film de mille et une images prises par mille et un Syriens et Syriennes. Et moi.» C’est aussi l’histoire de sa collaboration avec Wiam Simav Bedirxan, une cinéaste kurde de Homs. C’est surtout grâce à elle si le film a lieu.

Cinéma réaliste, cinéma de criminels, cinéma de victimes. Ce sont les trois points de vue explicites du film. Mais sa force, c’est aussi de présenter un cinéma poétique de l’étrange qui interroge le cinéma lui-même. Quoi filmer dans un univers de destruction? Quoi montrer, que faire entendre?

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