Critique – Théâtre

La passion du dévoilement

Que reste-t-il du «réel» une fois sur scène?

Cinq à sept de Fanny Britt, mise en scène par Mani Soleymanlou, et Table rase du Collectif Chiennes, dirigée par Brigitte Poupart, font entendre les voix de neuf femmes. Ces créations très remarquées de l’automne théâtral mont­réalais mettent toutes deux en scène une soirée de filles, le lieu attendu de la révélation et de l’intime. De fait, les conversations alcoolisées ne tardent pas à provoquer les confidences. Les interprètes abordent ouvertement le sexe et l’amour, l’ambition et la peur, la maternité et la mort, se livrant devant nous à l’examen de leur vie et de leur vision du monde, dressant un portrait désenchanté de leur existence.

Ces pièces, écrites en collaboration avec les interprètes, brouillent volontairement la frontière entre la réalité et la fiction. Que ce soit par l’écriture autoréférentielle de Fanny Britt ou le traitement hyperréaliste de la mise en scène chez Brigitte Poupart, ces dramaturgies du dévoilement s’appliquent à répandre des signes de réel, qu’ils soient vrais ou faux.

Les trois actrices de Cinq à sept jouent leur propre rôle. Elles s’appellent entre elles par leur prénom, mentionnent celui de l’auteure, du metteur en scène et discutent du processus de création du spectacle. Puisque c’est l’exercice auquel Soleymanlou les a conviées, elles déballent sur scène leurs aspirations, leurs angoisses et leurs pulsions. Les références au milieu culturel montréalais et à leur vie personnelle sont nombreuses. Au fil de fragments réalistes incisifs, chacune interprète le personnage de soi. Dans ce cinq à sept périlleux, qui s’accélère au rythme des shooters et des aveux, les actrices sont dans un constant face à face avec le public. Côte à côte sur la scène, elles nous apparaissent pourtant étrangement seules, chacune centrée sur son histoire, semblant en revendiquer la légitimité. Leur conversation est faite de soliloques, dont le ton alterne entre le plaidoyer et le cri d’affirmation.

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