Critique – Fiction

Comme dans le temps

Marc Séguin, entre le Nord et le cliché.

Il est fascinant, l’aller-retour qui cadence Nord Alice de Marc Séguin. On pourrait dire, trop facilement, que c’est celui entre le narrateur, occidental, et le Nord de son exil, à Kuujjuaq, mais on simplifierait trop les choses. Entre les ancêtres du protagoniste et son présent nauséeux? Entre Alice, femme du Nord habitant New York, et le narrateur, Québécois égaré sur les routes nordiques? En fait, sur les rythmes mièvres d’une romance, avec le ton éploré qu’on reconnaît aux récits de peine d’amour, Nord Alice place dos à dos ce qu’on appelle parfois – faute de mieux – la civilisation moderne et l’ancien monde, pétri de valeurs traditionnelles. Et l’affrontement semble joué d’avance: le gros bon sens gagnera toujours contre les positions de principes, comme le monde ancien, si vrai, si tan­gible, ne peut que vaincre notre triste ère du virtuel.

Le narrateur et Alice s’aimaient, à New York. Puis leur histoire s’est terminée. Il part à Kuujjuaq, comme urgentiste; elle reste à New York: «On avait échangé nos territoires». En effet, Alice était «à moitié inuite par sa mère». En ce sens, elle «était le moment présent», nous dit le narrateur. «Quand elle mangeait de la viande de phoque crue, avec un couteau pour seul ustensile et la bouche ensanglantée, elle ne le faisait pas par romantisme, mais parce qu’elle aimait vraiment ça.» Alice, authentique, fait contraste avec les femmes virtuelles du porno que le narrateur consomme tous les jours. De même, le rapport concret qu’Alice entretient avec le réel montre la fuite en avant constante dans laquelle est enferré le narrateur.

La suite de cet article est protégée

Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 312 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

Mais pour ne rien manquer, le mieux, c’est encore de s’abonner!