Dossier / Document

Un Joualonais sa Joualonie

Paru en 1973, Un Joualonais sa Joualonie s’insère dans les débats qui occupaient alors la société québécoise. Le parti pris stylis­tique de Marie-Claire Blais pour un joual littéraire, c’est-à-dire entre la retranscription fidèle de la langue populaire à la Tremblay et l’oralité feinte habituellement trouvée en littérature, oriente le propos du roman vers la question de la langue comme critère définitoire d’un peuple et synthèse de sa culture. Cette langue en est-elle seulement une? Et peut-elle servir à rassembler un peuple? Surtout: qui a le droit de parler cette langue, de s’en réclamer? Au nom de quoi? Questions encore bien d’actualité… Rappelons pour mémoire le cri du cœur du chef du Parti québécois devant un groupe musical d’ici chantant en anglais («En français!») ou encore Philippe Couillard souhaitant que tous les employés d’usine parlent anglais au cas où un important client aurait une question à leur poser.

Les deux extraits qui suivent sont situés vers la fin du roman, lorsque la ville est le cadre d’une grande manifestation, dite des «Trous-de-cul», où femmes, ouvriers, homosexuels se battent entre eux pour un peu de reconnaissance. Écrivain important, Papillon souhaite s’adresser aux Joualonais afin de les rassembler dans sa parole. Ces derniers ne sont guère intéressés par le projet.

Le champagne déversait quand même dans les chopes. Papillon tournait au morose se plaignant que sa Jacqueline était encore en naviguaille.

«Oui, qu’y disait je la comprends de moins en moins ma pauvre mamour, et maintenant, je suis jaloux, sais-tu pourquoi, Seigneurie de Québec? Parce que Jacqueline me vole même mes causes politiques, tiens, je triomphais jadis en parlant à cœur ouvert aux Joualonais, mais aujourd’hui c’est elle… Elle resplendit parmi eux comme une nouvelle fleur de victoire, lorsqu’elle dit: “Mes sœurs, frères, amis, oui, unissons-nous…” Il y a un frémissement qui passe, tu comprends? C’est l’aile de la femme, sa bénédiction, on écoute, on suspend son souffle, on embrasse, on étreint, même la foule est sensible à cela… Ah! je suis bien malheureux !…

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