Critique – Cinéma

Un film à écouter

Avant les rues, premier film en langue atikamekw.

Un film aux origines atikamekw est passé. L’a-t-on entendu? De quelle nature est cette parole à peu près inédite au cinéma?

«Voir» Avant les rues de Chloé Leriche, proposition imparfaite et rare, ne sera pas suffisant. Lui tendre l’oreille, par contre, serait un premier pas nécessaire. Ce qui pointe alors n’est pas visuel. C’est une vibration viscérale, fondamentale, qui semble remonter des grandes profondeurs à travers une pluralité de voix, à mille lieues de cette émission si populaire qui cherche à en élire une seule, spectaculaire. Voilà sans doute la part vitale de ce qui nous reste d’Avant les rues et que l’on doit saisir à tout prix: un homme, une communauté cherchent leur voix, engagée dans une parole d’avant les ghettos, les réserves et le bruit des paroles vaines, politiciennes. S’ils la trouvent, sauront-ils la soutenir et la porter par-delà leurs territoires? Et nous, d’où que nous venions, sommes-nous en mesure de bien écouter ce qu’elle porte?

Si cette voix est plurielle, cela ne veut pas seulement dire qu’elle provient de plusieurs êtres, mais qu’elle est éminemment chargée, plus complexe qu’il n’y paraît. Pour Shawnouk, jeune atikamekw coincé entre une tragédie (celle de sa réserve à Matawin) et une autre (la sienne: il a dû tuer un homme pour en sauver un autre), la parole naîtra parfois dans un mince filet marmonné pour éclater lors d’une dispute. Elle n’est peut-être d’abord qu’une parole jargonnée, perlée çà et là de termes québécois; langue essentiellement hygié­nique, de mesure, tantôt de bois et tantôt de droit. Voix d’emprunt.

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