Critique – Théâtre

S’attacher aux détails de l’Histoire

La crise grecque vue sous le filtre du suicide collectif de quatre retraitées.

Pour sa première participation au FTA, le duo italien formé par Daria Deflorian et Antonio Tagliarini présente ses deux dernières pièces sur le mode du témoignage et du récit intime. Joués dans le cube noir de l’Espace Go avec une économie de décor et d’accessoires, les spectacles aux démarches semblables s’approprient deux faits divers désarmants mettant en tension les vies privées de quelques citoyens avec des bouleversements d’ordre politique. Autour de ceux-ci, les pièces décrivent des circonvolutions en s’aventurant dans les quotidiens d’une Polonaise (Reality) et de quatre Grecques (Ce ne andiamo…). Les interprètes réactualisent et interrogent ces récits avec une qualité de présence touchante par sa simplicité.

Durant à peine plus d’une heure, Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni («Nous partons pour ne plus vous donner de soucis») aborde le suicide collectif de quatre retraitées grecques. En 2011, elles choisissent de mourir afin de cesser d’être un fardeau pour leur pays gravement secoué par la crise économique. Emprunté au roman de Pétros Márkaris, Le justicier d’Athènes, l’événement central est abordé de biais. Les quatre acteurs partagent avec le public ce que ces suicides activent en eux, mais aussi les interrogations que la tentative de les représenter soulève. Procédé éprouvé, mais ici soigneusement maîtrisé; les interprètes, deux femmes et deux hommes, font un spectacle de leur processus de création et des questions ayant animé leurs séances de répétition.

À la manière du chœur qui ouvre le Henry V de Shakespeare, en s’excusant de ne pas avoir les moyens de montrer et de nommer son sujet, la troupe amorce le récit de ce qu’elle se sent précisément inca­pable de raconter. Et pour en rajouter, Daria Deflorian le souligne en souriant, consciente de la rhétorique à l’œuvre, permettant ainsi d’installer habilement une complicité avec le public et de garder le sens fragile et flottant jusqu’à la fin de la pièce.

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