Critique – Essai

Hors-la-loi

La réédition des mémoires de l’historienne Roxanne Dunbar-Ortiz nous plonge au cœur de deux décennies de contestation.

Roxanne Dunbar-Ortiz est historienne, mais Outlaw Woman n’est pas un livre d’histoire. Il est le récit de sa grande cavale, celle d’une femme saisie dans l’attraction des forces explosives qui agitent la vie intellectuelle et politique des États-Unis, la vie du monde d’alors. C’est la révolution de cette femme qui devient elle-même un des astres de cette cosmologie politique, de sa mise en mouvement de petite okie «crottée» affûtant sa pensée et sa direction au fil des luttes et de leurs grandes traversées.

La cavale, ici, n’est pas une figure de style, c’est la forme d’une vie telle qu’elle se constitue dans un rapport à l’histoire où s’intriquent l’intimité et l’action. Le titre du livre annonce l’aventure: une figure – the outlaw – porte un élan pour échapper à la loi. Cette figure mythique hante la culture rurale des États du Sud, dust belt de pauvreté et de racisme tranchants d’où vient l’auteure; elle traverse la musique folk qui chante tous ces Jesse James, «comment ils vécurent, comment ils sont morts», jusqu’au cinéma qui en consacre la fuite avec Bonnie and Clyde (1967). La possibilité d’un refus porté au féminin par Bonnie donne à Roxanne une matière aussi fondatrice que celle des premiers livres de Simone de Beauvoir, pour expérimenter des modes d’action et d’amour plus mobiles et centrés sur la puissance féminine.

Militant des iww (Industrial Workers of the World), le grand-père de Roxanne est un Wobbly convaincu. Ce mythique syndicat reste une source vive pour Dunbar-Ortiz qui cherche à concilier une action radicale – conduire une révolution féministe – au désir optimiste d’une émancipation générale. Il n’est pas question de réclamer l’égalité hommes-femmes à l’intérieur du système existant, mais de faire du mouvement de libération des femmes un levier pour réfuter les autres rapports de domination. Cette conviction d’un ancrage féministe à la révolution, Dunbar-Ortiz l’a développée au contact même des mouvements de lutte les plus radicaux qui l’ont frappée par leur misogynie et la façon dont ils pouvaient reconduire l’assujettissement de la femme à la force masculine. Alors elle s’échappe, quitte mari et enfant pour se déterritorialiser et faire du mouvement son sol.

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