Critique – Fiction

Cahier des charges

La littérature québécoise réclame une critique aussi vivante qu’elle.

Pourquoi s’acharner à vouloir faire de la critique? Faisons un petit détour. Dans «Indépendance du discours et discours de l’indépendance», article publié dans Liberté, André Belleau mettait au jour la manière dont le résultat du référendum de 1980 était la conséquence d’un antagonisme de longue date qui avait vu le jour dans et par la littérature. Résumons grossièrement sa pensée: dans les années 1960, Liberté et Parti Pris ont mis l’épaule à la roue de la Révolution tranquille en sachant saisir dans la littérature un discours social en latence, qui appelait à une émancipation nationale. Le pays avait besoin d’être nommé, il le fut par les écrivains et les intellectuels.

La fonction de l’intellectuel, dans cette économie, est celle du transcodage, qui consiste à lire la nouveauté politique et à la décrypter. L’intellectuel n’invente pas la nouveauté, au mieux, il l’accueille. Belleau poursuit en nous disant que Cité libre, elle, n’a pas su comprendre la nouveauté et, du coup, a délégitimé l’idée d’indépendance. Résultat vingt ans plus tard: échec du référendum alors que Trudeau (papa) a changé d’adversaire, troquant Aquin pour Lévesque. Comme quoi il ne faut pas sous-estimer les joutes intellectuelles dans les revues.

Je crois que nous avons, dans les seize derniers numéros de la revue, tenté de transcoder modestement des idées politiques que l’on retrouve dans des ouvrages d’imagination de natures diverses. Je dis modestement, car nous ne savons strictement rien de ce qui constitue véritablement une nouvelle idée politique, bêtement parce qu’elle est nouvelle et que nous ne savons pas encore tout à fait la lire. Concrètement, je crois que cela indique une interprétation fluctuante des rapports entre art et politique: d’une part – Mathieu Arseneault le dit mieux que moi –, il me semble que notre époque, avec ses mutations technologiques et sociologiques, voit se transformer profondément la nature des objets d’art, leur place et leur fonction dans la société. Et d’autre part, le politique est lui aussi toujours changeant parce qu’il correspond à des rapports concrets entre les sujets d’une communauté.

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Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 313 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

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