Les Créatifs culturels

Êtes-vous un CC?

Mon premier dentiste, c’était frappant, avait une salle d’attente tamisée, avec une touche Madame au foyer. Le second avait une salle d’attente hyper techno et aseptisée, pas question de contracter là des trucs nosocomiaux. Dans les deux salles, je pouvais lire gratui­tement des Paris Match en attendant mon tour. J’avais fini par demander au deuxième dentiste, pourquoi Paris Match ? «Question de statistiques, m’avait-il répondu. — Oui, mais, pourquoi pas vous abonner à la revue Liberté ? — Statistiquement inefficace, pourquoi bouder votre plaisir?»

La clinique dentaire Rachel pratique une approche à l’opposé de l’efficacité statistique. La généreuse table basse de la salle d’attente accueille des revues d’architecture, d’écologie, des livres pour enfants et des recueils de poèmes, ceux de Martine Audet, parmi d’autres, que la secrétaire-répartitrice admire beaucoup. Elle dit: «C’est si profond et si doux même si parfois je perds le fil.» C’est là que j’ai trouvé le no 88 de la défunte revue Clés (le 11 mars 2016 a eu lieu la mise en liquidation définitive de la société Nouvelles Clés destinée aux Créatifs culturels), là où j’ai eu l’occasion, chance et bonheur, de lire un entretien donné à la revue par Françoise Héritier, une anthropologue-ethnologue féministe française, successeure de Claude Lévi-Strauss au Collège de France. Françoise Héritier expliquait à Patrice Van Eersel que toute hiérarchie, à cause de son origine, constitue un obstacle à la suite de l’évolution de l’espèce humaine. Toute hiérarchie, disait-elle, trouve son origine dans la naissance prématurée du petit de l’homo sapiens et dans la longue dépendance qui crée notre propension à l’obéissance. L’idéal serait, pour notre espèce, que les hommes mettent au monde les hommes, et les femmes, les femmes. Ainsi se dissoudrait dans l’espèce toute l’affaire de la hiérarchie qui nous empêche d’évoluer dans l’espèce. Françoise Héritier, très optimiste, calculait que, dans l’état actuel des choses, il ne faudrait plus que quatre cent cinquante-cinq ans pour que l’égalité hommes-femmes soit chose faite.

Inutile de dire que mon dentiste m’a trouvée en pleine forme comparativement au piteux état dans lequel il m’avait trouvée à ma dernière visite, alors que le «nous» national vacillait sous l’effet de la fragmentation identitaire et que nous traversions une guerre culturelle universitaire entre les conservateurs nationalistes et les progressistes.

La suite de cet article est protégée

Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 313 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

Mais pour ne rien manquer, le mieux, c’est encore de s’abonner!