Essai libre

Les crayons qui pleurent

Après l’attentat de Charlie Hebdo, les caricaturistes se sont fait fort de se présenter comme un contre-pouvoir essentiel, protégé de surcroît par la sacro-sainte liberté d’expression. Mais jouent-ils vraiment ce rôle de trublion? Ou se complaisent-ils dans une position plus confortable qu’elle n’en a l’air?

Juste après l’attentat qui a décimé la rédaction du journal satirique Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, un grand nombre de dessins ont été partagés avec empressement sur les réseaux sociaux pour rendre hommage aux dessinateurs assassinés. Différents motifs se sont alors imposés:

Le paradis, symbolisé par un nuage dans le ciel, la présence d’anges ou d’un saint Pierre accueillant, voire de vierges nues dont on dit que les terroristes espèrent qu’elles les attendent au ciel pour s’offrir à eux. Il est vrai qu’il est difficile de concevoir le phénomène de la mort, et a fortiori de la dessiner sans avoir recours à des subterfuges allégoriques. On conviendra cependant qu’il y a quelque ironie à utiliser sans retenue un arsenal de clichés religieux pour figurer la dernière demeure de dessinateurs tués justement pour leur radicalisme anticlérical.

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