Entretien

Quel avenir pour le mouvement étudiant?

La grève étudiante de 2015 s’est conclue par un échec cuisant. Hind Fazazi et Samuel-Élie Lepage, tous deux impliqués dans l’ASSÉ, nous en expliquent les raisons.

Liberté — Les grèves étudiantes de 2012 et de 2015 ont été menées de manière très différente. Comment a évolué le mouvement étudiant ces dernières années au vu de son histoire?

Samuel-Élie Lesage — On peut retenir trois moments dans l’histoire récente du mouvement étudiant: 1996, 2005 et, bien sûr, 2012. Ce qu’il faut d’abord comprendre, c’est que la frange combative du mouvement étudiant se souvient des grèves de 1996 et de 2005 comme de trahisons commises par les fédérations étudiantes nationales. Dans les deux cas, il faut se le rappeler, les mouvements étudiants les plus à gauche cherchaient à créer en peu de temps un mouvement de mobilisation large et les revendications qu’ils défendaient étaient nombreuses. Ces revendications comprenaient, en 1996, l’abolition de compressions en éducation supérieure, l’abolition de la cote R ainsi que des frais spéciaux d’inscription, tandis qu’en 2005, la grève se concentrait sur l’abolition de la réforme du régime de l’aide financière aux études (afe) qui coupait 103 millions de dollars pour les transformer en prêts étudiants. Si, en 1996, c’est le Mouvement pour le droit à l’éducation (mde) qui menait la lutte, en 2005 c’était la Coalition de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante élargie (cassée), mais, dans les deux cas, après plusieurs semaines de débrayage, ces organisations ont vu les fédérations étudiantes nationales s’inviter à la table de négociation sans même avoir reçu de mandat de la part de leur base et signer un compromis insatisfaisant aux yeux des associations plus à gauche. Cela a bien sûr eu pour effet d’isoler la frange plus combative du mde en 1996 et de la cassée en 2005, et même de stopper leur mobilisation. Dans ces deux cas, les médias ont d’ailleurs eu un rôle important dans la délégitimation du MDE puis de la cassée. On voulait donc en 2012 éviter à tout prix ce scénario-là.

Hind Fazazi — Au moment de la grève, en 2012, les étudiantes et étudiants ont souvent eu l’impression de faire partie d’un mouvement spontané. Pourtant, ce qui s’est produit cette année-là avait été finement et minutieusement préparé depuis près de deux ans. On savait depuis 2010 que le gouvernement Charest avait l’intention de hausser les droits d’inscrip­tion à l’université. Cette préparation a permis de mieux organiser le front commun réunissant l’ensemble des associations étudiantes plus militantes. La classe (Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante) a donc été créée et c’est elle qui a temporairement regroupé plusieurs associations campées à gauche. La classe s’est ensuite employée à développer de meilleures relations avec les fédérations plus centristes, comme la fecq (Fédération étudiante collégiale du Québec) et la feuq (Fédération étudiante universitaire du Québec), même si sa méfiance envers ceux qu’elle voyait encore comme des «collabos» demeurait vive. Finalement, tout le monde a mis plus ou moins de côté ses différences pour se concentrer sur l’essentiel, soit bloquer la hausse des droits d’inscription.

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