Critique – Cinéma

Avec pas de classe

Un film qui refuse de voir.

La soirée d’ouverture du Festival du nouveau cinéma de cette année était une épreuve, la vision douloureuse du Québec culturel se mettant en scène pour on ne sait qui, se montrant «en train d’être vu», comme le caractérise si bien Dalie Giroux dans une recension récente de 887, la pièce de Robert Lepage, «honteux, imitateur, envieux» autant qu’il est «empêtré dans ce qu’il n’est pas et ce qu’il pourrait être». Une soirée à la fois endimanchée et mal fagotée, bardée de médailles offi­cielles et furieusement vulgaire, au théâtre Maisonneuve, avec une élocution à la TVA, «paria et parvenu, colonisateur et colonisé, cousin français et sujet britannique, accent en anglais et accent en français», pour continuer à citer Giroux. Un festival qui se présente comme l’ultime bastion de la cinéphilie montréalaise et qui n’a que des nombres à la bouche, tant de ceci, tant de cela et encore plus de ceci-cela. Pauvre Montréal qui semble ne pouvoir être aimée que comme brochure touristique. Pauvre cinéma, échoué à Oscars-des-Ormeaux.

Cette sinistre soirée verroterie et vieilles névroses s’est poursuivie en toute logique avec le film qui l’accompagnait, Un ours et deux amants de Kim Nguyen. Un ours blanc et polaire: un ours du Nord. Deux amants blancs et frigorifiés: deux amants du Sud. En un sens il n’y a pas grand-chose à ajouter pour saisir ce dont il est question, une opération coloniale conduite à grand renfort de motoneiges. Le film est même un cas d’espèce, au point qu’on le dirait offert à l’étude. Cinéma et colonisation des imaginaires, première année.

Un ours et deux amants raconte – je dis bien «raconte», c’est un film outrancièrement narratif, un roman-photo dirait Kiarostami – la trajectoire malheureuse de Lucy et Roman, un couple de jeunes gens blancs et anglophones, installés au Nunavut. L’engrenage dramatique s’enclenche lorsque Lucy apprend qu’elle a été reçue dans une université du Sud; Roman se saoule à mort pour accuser le choc, incarnant consciencieusement l’homme blessé et taiseux, mais, pauvre Roman, ses émotions extériorisées sans grâce le conduisent en centre de désintoxication. Lucy dépense ses économies pour lui rendre visite, preuve d’amour qui convainc Roman de la suivre. Faute d’argent pour prendre l’avion, ils quittent Iqaluit en motoneige vers le sud, pour un skidoo-movie fatal.

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