Critique – Scènes

Critiquer et espérer

Quelle part d’imagination le critique peut-il projeter sur une pièce?

Sur la scène de la danse contemporaine québécoise, le spectateur est à même de trouver ces jours-ci quelques partitions si aérées qu’il peut y ajouter sa propre couleur. De ces chorégraphies où l’espace mental et le temps accordés sont une invitation à emplir les vides, à relier de ses propres traits les petits cailloux blancs posés là, en injectant un surplus d’attention ou par réelle projection de l’imagination.

Nommons Radio Danses (2016), «pièce pour oreilles» où la voix de Danièle Panneton s’acharne à décrire, à la façon d’un commentateur sportif, des chorégraphies contempo­raines fic­tives. La composition sonore de l’idéateur Gaétan Lebœuf s’y ajoute. Le tout suffit pour amuser et allumer le spectateur, qui se retrouvera, presque sans s’en rendre compte, plongé dans le noir, seul avec les sons et le spectacle qu’en fait sa tête.

Ou The Only Reason I Exist Is You, Also: Why Dogs Are Successful On Stage? de Maria Kefirova (2016), où le public, divisé de manière fort inégale et sis en des angles radicalement différents, ne voit pas le même spectacle; le fait qu’il le sache l’invite à imaginer la part de la pièce dont il n’est pas témoin. Certains, très peu nombreux, assistent à une danse cachée; d’autres voient, en gros plan, le visage de ces spectateurs, leurs réactions intimes. Les premiers deviennent aussi objet / sujet du spectacle, relais entre les interprètes et le reste du public, pur miroir de ce dernier. L’imaginaire se nourrit, se réfracte et se reflète à plusieurs sources et sur plusieurs écrans, directs et indirects.

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