Critique – Littérature

Autoportrait d’un redneck

Après l’élection de Trump, une culture placée sous observation.

Difficile pour les lecteurs des grands magazines et des journaux américains de rater un type de reportage qui s’est multiplié avant les dernières élections américaines: la visite au peuple oublié des États-Unis, la population white trash et redneck des Appalaches et du Midwest. Chaque semaine en amenait un, deux, trois nouveaux, et le mouvement n’a pas ralenti après l’arrivée au pouvoir de Trump, bien au contraire. Dans l’espoir de comprendre ce qui a pu amener des gens à s’accrocher aux promesses en toc faites par l’improbable nouveau pré­sident, les journalistes débarquent sur le terrain, multiplient les explications psychologiques et sociologiques et, bien sûr, donnent la parole aux gens concer­nés en tentant de leur soutirer quelques vérités nouvelles. Leur propre posture vacille, quelque part entre empathie et répulsion, entre désir sincère de comprendre et nécessité de rendre compte de comportements racistes et misogynes dont on ne peut que craindre l’exacerbation future.

Je suis bon public pour ces reportages; je dévore tous ceux sur lesquels je peux mettre la main depuis un an. Je n’ai donc pas pu m’empêcher de plonger dans Hillbilly Elegy, tout en sachant très bien que ce livre m’agacerait et que ma mauvaise foi ne me quitterait pas. J. D. Vance, son auteur, est en effet devenu la figure de proue pour un bon nombre de conservateurs américains, qui déplorent – ou déploraient? – le succès remporté par Trump, mais cherchent néanmoins des causes et des coupables pour justifier le piètre état dans lequel se trouvent les populations du centre des États-Unis.

Les coupables, pour une bonne frange de ces conservateurs, ce sont ces populations elles-mêmes, et le récit de Vance leur donne des armes pour prouver la faillite morale de l’Amérique. Nous avons peu entendu ces voix conserva­trices au Québec, où la tendance est plutôt à excuser les maux des populations appauvries; ce discours n’en est pas moins présent sous d’autres formes. Aux yeux de ces analystes, si la consommation d’opiacés est en hausse, tout comme le chômage, les morts prématurées et le taux d’incarcération, ce n’est pas parce que les emplois en usine ont été délocalisés en Asie ou au Mexique, que les politiques publiques ont négligé d’offrir aux travailleurs un filet adéquat ou que ceux-ci ont été privés de leur pouvoir d’action par des entreprises et des gouvernements qui ne leur accordent pas de voix. Ce sont plutôt la paresse, l’hédonisme, le penchant pour la débauche et l’incapacité à planifier le futur des hillbillys et autres rednecks qui expliquent que tout va si mal aujourd’hui pour eux.

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