Fait divers

Un python à Verdun

L’agence QMI, propriété de Québecor Média, nous apprenait le 30 août dernier qu’un python de quatre pieds errant depuis une semaine dans les rues de Verdun avait été localisé près de la patinoire Bleu Blanc Rouge, entre la rue Willibrord et la 1re Avenue. Le communiqué de presse précisait que le reptile, non venimeux, se nourrit de rongeurs – à l’égal, ajouterai-je, de la bonne vieille couleuvre rayée québécoise, Thamnophis Sirtalis, rivalisant par sa taille avec un python, puisqu’elle peut atteindre plus d’un mètre. Comme son cousin exotique, elle possède un nombre ridicule de côtes, se cache sous un balcon pour muer, tire sans arrêt la langue et avale crapauds et souris sans même les mâcher.

Voilà un vrai fait divers, un fait léger, sans conséquence, qui n’occupe que cent soixante-dix mots, comme les impitoyables cent quarante ou cent soixante-dix caractères des SMS. Il est anecdotique en même temps qu’incongru. Il nous sort du train-train quotidien, mais conserve le ronronnement rassurant des aiguilles de l’horloge qui tournent toujours au même rythme et dans le même sens, il ne bouscule pas l’alphabet, mais le rire qu’il provoque peut arrêter un gros hoquet. Il faut juste ne pas s’y attarder. Pourrait revenir en mémoire, l’esprit est ainsi fait qu’il établit des liens à notre insu, la mort de deux enfants tués pendant leur sommeil à l’été 2013 par un python de Seba (Python Sebae, trois à cinq mètres, pouvant dépasser les cent kilos, originaire d’Afrique tropicale) échappé de sa cage dans une animalerie de Campbellton au Nouveau-Brunswick, le genre de nouvelle qui fait basculer le fait divers du côté de la tragédie et qui, à l’époque, a occupé deux cent trente-huit mots dans le quotidien qui en faisait l’annonce.

Moi aussi, je me trouve bien grave tout à coup, mais l’esprit humain est ainsi fait, on ne peut pas s’arrêter sur le fait divers sans devenir grave. Quel que soit le point de vue que j’adopte, dès que je m’attarde à la question, elle m’apparaît sous un jour inquiétant, le terrain devient glissant. Est-ce parce que l’esprit, se saisissant de l’étrangeté intrinsèque du fait divers, emprunte la voie royale qui mène à ce qui appartient à la nuit? Car le fait divers n’a au fond rien d’anecdotique, il frappe par son côté unique, il est souvent l’événement impossible qui pourtant se produit, il prouve que l’impensable déborde parfois exagérément hors les limites de ce qui est raison­nable, autre manière de dire que la réalité est plus forte que l’homme parce qu’elle dépasse les fictions qu’il invente.

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