Dossier

Chagrin d’humour

Quand la liberté d’expression a le dos large.

À défaut d’une histoire qui aurait un sens, le temps est aux «affaires». Il y en a tout le temps. L’affaire O.J. Simpson, l’affaire Sklavounos, l’affaire Robuchon, l’affaire Fillon en sont des exemples parmi des centaines d’autres que les médias de grande diffusion relaient à l’envi. Ainsi que le montre «l’affaire Mike Ward», le rire n’a pas échappé à cette tension générale des esprits dont l’expansion résulte du fait qu’elle «fait couler beaucoup d’encre» et qu’elle produit ce «tout le monde en parle» qui fait les succès et les réputations. En ce pays nanti d’une École nationale de l’humour dont sont issus la plupart des humoristes québécois qui ont pignon sur rue, la particularité de cette dite «affaire» et, plus généralement, des cas où le rire est mis en cause parce qu’il a comporté des propos qui ont porté atteinte de façon violente à un individu ou à une collectivité, tient à deux choses. D’une part, le droit à la liberté d’expression a été invoqué par le comédien pour justifier un sketch contenant des propos blessants à l’endroit d’un enfant handicapé. D’autre part, les critiques qui lui furent adressées ont souvent été accusées de céder au «politiquement correct», tarte à la crème idéologique du moment s’il en est. Cette affaire, si elle n’est guère que désolante en soi, a néanmoins valeur de symptôme d’un état général qui semble gagner la comicosphère et, au-delà d’elle, la société québécoise contemporaine.

Comme toute liberté, la liberté d’expression a des limites, ainsi que la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen de 1789 le notait: tout citoyen peut dire ou écrire ce qu’il veut «sauf à répondre à l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi». Par la suite, les cas en question ont généralement été classés en ces cinq catégories: les atteintes à la vie privée; le mensonge, la diffamation, l’insulte; l’apologie du crime, des délits ou de la violence; l’incitation à la haine; la négation des crimes commis contre l’humanité. Cette loi concerne bien entendu le domaine public et toute situation de communication sociale. Par conséquent, la société environnante joue un rôle de garde-fou, aussi bien pour veiller au respect de cette loi que pour éviter son éventuelle instrumentalisation abusive.

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