Dossier

Le rire du capital

La célébration démocratique de l’impuissance.

Irrespectueux et nécessaire, cruel et salutaire, tel est le genre de comique où se reconnaissent les démocraties d’aujourd’hui. Il y aurait même dans ce comique-là – certains ne se privent pas de l’affirmer – l’antidote aux totalitarismes qui nous guettent, aux dérives autoritaires, aux manipulations de l’opinion, aux men­songes des pouvoirs. Bref, cette phase d’expan­sion massive et triomphante du rire contemporain accompagnerait le triomphe confirmé de la liberté de penser, de savoir, de parler, d’informer et de ne plus s’inféoder.

On l’a entendu dire, cela a été écrit, et ils sont sans doute nombreux à le penser: le rire qui nous est si massivement infligé, celui que l’on doit subir sans honte ni malaise et à tout bout de champ, est bien le rire de la liberté de penser et de la liberté de s’exprimer.

Des radios à la presse, de la publicité aux chaînes de télévision, des conseils d’administration aux comptoirs de cafés, c’est le même genre de rire qui s’est imposé un peu partout comme symbole, comme garant et comme expression de la vie démocratique. Un rire d’hommes et de femmes se sachant à présent libres de tout dire, de tout penser, et surtout libres de ne rien dire de ce qu’ils pensent ou de ne rien penser. Un rire qui se voudrait universellement irrésistible, au même titre que la liberté qui le permet et que rien ne semble plus en mesure de limiter ni d’entraver.

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