«Everybody Knows»

L’image et l’ellipse contre l’anxiété.

Il y a quelques mois à peine, il y avait ces Européens qui écrivaient sur les réseaux sociaux que tout était terrible, que tout était terminé, qu’il n’y avait pas d’espoir. Et nous, nous ne comprenions rien. Il faisait beau, nous allions dans les soirées de lecture, discutions du retour de l’intimisme en poésie, de véganisme, d’identités non binaires. Nous ne pouvions pas comprendre leur abattement, leur épuisement. Nous nous disions que la neige, le froid et 4 000 km d’océan constituaient un frein rassurant à ces millions de réfugiés, rasssurant parce qu’il n’était pas humain, qu’il n’était ni moral, ni politique, ni culturel; l’océan et le froid nous protégeaient peut-être moins finalement d’eux que de ceux d’ici que les étrangers effraient, de cette xénophobie atavique et malsaine que l’identité québécoise porte malheureusement en elle. Puis un soir, des millions d’Américains ont rêvé qu’ils avaient la peau orange et des mains de poupée. Et l’hiver est arrivé subitement et nous n’avons plus été sûrs de rien. Et j’ai eu cette chanson dans la tête pendant des mois.

Everybody knows that the dice are loaded
Everybody rolls with their fingers crossed
Everybody knows the war is over
Everybody knows the good guys lost
Everybody knows the fight was fixed
The poor stay poor, the rich get rich
That’s how it goes
Everybody knows

Puis un homme sain d’esprit est entré dans une mosquée et a tué six innocents.

Dans les jours qui ont suivi, tout ce que la province peut compter de néonazis a eu son trois minutes dans les médias. Tous ceux qu’on n’est pas sûrs de quel bord ils étaient trente secondes avant la première balle. On les a entendus se… se plaindre. Ils exprimaient leurs… leurs inquiétudes. À l’effet qu’on les stigmatise pour leurs… leurs opinions. Ils réclamaient ce qui ne peut qu’être assimilable à un droit à la xénophobie ordinaire. Le coup de coude vicieux plutôt que la balle dans la tête.

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