Fait divers

L’odyssée des papillons

Ulysse et ses hommes viennent de passer le cap Malée.

Dix ans qu’ils sont hantés par l’absence d’Ithaque, qu’ils souffrent le manque d’une présence. Ils ont maintenant repris la mer, tendus vers cet amour. Comment pourraient-ils savoir qu’ils ont basculé dans un monde sauvage? N’est-ce pas lorsqu’il se fait bien tard qu’on sent le péril encouru auprès d’une Circé ou d’un Cyclope? Sans astrolabe ni sphère armillaire, les marins de l’Antiquité doivent s’en remettre au ciel pour trouver leur chemin, en fixant «les Pléiades et le Bouvier qui se couche si tard et l’Ourse (…) qui jamais ne se plonge aux bains de l’océan». Des repères fragiles… et Ulysse s’égare sur la mer où aucune route, du reste, n’est tracée et où une multitude de dangers le guettent. Mais qu’importe les risques et les revers, ce qui est véritablement menacé par le périple quel qu’il soit, ce n’est pas d’abord la vie, c’est l’alambic du rêve, celui qui renferme le souvenir et l’espérance d’Ithaque.

La barbarie et la sauvagerie ne tiennent pas du mythe, loin s’en faut, et il semble que nous ayons aussi basculé dans un ailleurs inquiétant. Çà et là on ferme les passages, on ampute des démocraties déjà meurtries, on compromet nos chances de faire œuvre de culture, de prendre soin du monde commun, bref de nouer avec les êtres et le monde des liens porteurs de sens. Pire, c’est la question du sens elle-même qui semble devenue déliquescente. Le sens? Quel sens et pourquoi faire? En février dernier, la presse faisait état d’un nouveau danger: le mur anti-immigration de Donald Trump menacerait la migration des papillons monarques. Deux fois l’an, parcourant la distance séparant les forêts du Michoacán au Mexique des régions tempérées du Canada, ces voyageurs clandestins sont en effet des millions à virevolter au nez et à la barbe des carabiniers gardant les frontières. Or, voilà que nos hommeries risquent de brouiller les marqueurs naturels de cette espèce…

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