Critique – Scènes / Liberté au FTA

Une haine authentique

Le scandale dépasse l’anecdote. Des arbres à abattre, l’adaptation du ro­­man de Thomas Bernhard par le metteur en scène polonais Krystian Lupa, a bien failli ne pas venir au Festival Trans Amériques. Le nouveau directeur du Théâtre Polski de Wroclaw, où la pièce fut d’abord montée en 2015, n’apprécie guère Lupa, et a congédié plusieurs acteurs de la troupe. On peut certainement y déceler une censure politique, symptôme d’un gouvernement autoritaire aux valeurs conservatrices et catholiques.

L’objet en lui-même est monumental, ne serait-ce que par sa durée qui impose une patience considérable. Spectacle de près de cinq heures, Des arbres à abattre repose néanmoins sur une trame dramaturgique simple. Thomas renoue avec ses anciens amis, les Auersberger, lors d’une rencontre dans les rues de Vienne. Leur amie commune, Joana, une actrice déchue, vient de se suicider. Ils se retrouvent pour les funérailles dans la petite ville de Kilb, puis pour un «dîner éminemment artistique» auquel Thomas consent à assister. Il réintègre alors la petite communauté mondaine qu’il avait quittée une vingtaine d’années plus tôt.

Le plateau rotatif présente quatre lieux: le salon (enfermé dans une cage de verre) et la salle à manger bourgeoisement décorés de la maison des hôtes, la chambre délabrée de Joana, ainsi qu’une petite chapelle. Treize comédiens se partagent la scène. La linéarité du spectacle est rompue par des flash-back: les scènes avec Joana ainsi que quelques films projetés sur un écran surplombant la scène ajoutent une profondeur à la tempora­lité lente du spectacle. Lupa a fait le choix de garder un «narrateur» dans sa transposition scénique du roman, le personnage de Thomas, restant la plupart du temps à l’écart de l’action, presque assis hors scène, commentant hargneusement l’hypocrisie des discussions.

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