Critique – Littérature

Peut-on instituer le désir?

Le Festival TransAmériques (FTA) s’est ouvert cette année avec 100% Montréal, le maillon local d’une longue chaîne appelée 100% Stadt, un spectacle de la troupe allemande Rimini Protokoll, qui a fait école dans le théâtre documentaire. La proposition qui s’est déployée au FTA traverse plusieurs grandes villes depuis presque 10 ans. Avant 100% Montréal, il y a donc eu 100% Berlin, Paris, Londres, Tokyo, San Diego, Copenhague, Jakarta, etc. L’idée est simple à saisir, mais complexe à exécuter. On rassemble 100 personnes à l’image du découpage sociodémographique de la ville, on les met sur scène et on leur donne quelques secondes pour se présenter au public. Ensuite s’affichent sur un écran des questions et ce microcosme de Montréal y répond en se répartissant sur la scène. Par exemple, ceux qui pratiquent un sport vont à gauche, les autres vont à droite. Travail imposant qui produit quelques images fortes et un portrait parfois dérangeant de notre métropole.

100% individus

Le charme du procédé et de son exécution fonctionne au départ – on se trouve fasciné par cette pluralité qui prend forme et se déforme sous nos yeux. Très vite, cependant, on s’en lasse. Est-ce à cause de la scénographie qui, sous couvert de théâtre-vérité, sombre souvent dans des dispositifs un peu simplistes pour maintenir notre attention? Est-ce la petite gêne de voir tout ce beau monde sauter, tourner sur lui-même, faire des pompes ou courir comme le ferait une classe d’enfants de neuf ans pour un spectacle de fin d’année scolaire? Non. En bout de piste, leur authenticité nous amène à pardonner aux comédiens et comédiennes d’un jour ces enfantillages de mise en scène.

En fait, ce qui plombe la proposition de 100% Montréal, c’est la prétention à révéler du commun alors qu’on ne fait qu’exposer les préférences d’individus. Dans le programme, Rimini Protokoll déplore que, dans les villes contemporaines, «[i]l n’y a pas d’agora, pas d’espace public où le débat puisse avoir lieu. Notre spectacle tente en quelque sorte d’en créer un». Pourtant, l’énonciation par une centaine de personnes d’une série d’opinions, de goûts et d’expériences vécues n’est pas un espace public et encore moins une agora. Le débat n’a aucune place dans le processus présenté. Il ne se dégage pas de sens commun, seulement une fascination pour la diversité de ceux et celles qui composent une grande ville.

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