Critique – Littérature

Parler du monde pour le mettre à terre

Avant, les gens avaient honte lorsqu’ils étaient haineux. Plus maintenant.

— Carolin Emcke

Paru chez Moult Éditions, ce «collectif autogéré qui ne reçoit pas de subvention», Fuck le monde est un recueil d’essais initialement publiés par Simon-Pierre Beaudet dans différentes revues ou plateformes numériques entre 2003 et 2016. Il comprend trente et un essais regroupés en fonction des époques et des lieux de publication: on y trouve les textes parus dans la regrettée Conspiration dépressionniste, ceux, plus intimes, publiés sur le blogue intitulé 1924 (en hommage au Manifeste du surréalisme), puis, plus récemment, sur le fameux blogue Fuck le monde.

Dans son livre comme dans la vie, Beaudet milite pour tenter de montrer non seulement les ramifications et le caractère sournois, voire malhonnête, de l’idéologie néolibérale, mais aussi sa vacuité, sur les plans politique, culturel et social. Il en commente non sans humour la logique lourdement contradictoire et hégémonique: alors qu’elle prétend travailler pour le peuple, elle noue les fils de son asservissement. Sous la plume violente et informée de Beaudet, la complexité des énoncés dont on nous gave, comme autant d’évidences capitalistes, apparaît clairement. Et c’est à ce populisme structuré et faussement bienveillant que s’en prend Beaudet sans vergogne depuis 2003, alors qu’il créait avec une bande d’amis La conspiration dépressionniste: «Les modèles qu’on avait à ce moment-là puis qui ont façonné ma grille de lecture depuis, c’était les avant-gardes historiques. C’était Dada, les surréalistes, les situationnistes et, même si je ne m’en réclame pas beaucoup, les hippies. Tous ces mouvements-là étaient animés par des gens qui, eux, étaient conscients de mener une guerre culturelle et qui disaient: “Il faut changer la nature de ce qu’on est et notre rapport au monde” avant même de dire qu’il faut changer la politique.» Les textes du recueil issus de la Consdep, plus théoriques, sont traversés par ces références qui fondent la pensée et les analyses de l’essayiste. Ainsi, à la difficulté que nous avons à tenir à distance les Bush (H.W. et W.), Trump et autres charognards, à la misère intellectuelle de notre époque incarnée sans doute par l’arrivée au pouvoir des créationnistes et différents homophobes adeptes de l’intelligent design, à l’impossibilité apparente de penser le monde autrement que comme le dépotoir qu’il est devenu, Beaudet oppose la nécessité d’une transformation radicale, tout comme ses modèles l’ont fait avant lui.

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Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 319 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

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