Nos histoires / Petatshimuna

L’épreuve de la vérité

Le Canada, les Premiers Peuples et l’esprit de 1967

Dans leur texte, Pierrot-Ross Tremblay et Nawel Hamidi nous rappellent qu’il n’y a point de réconciliation sans vérité, même si celle-ci est un supplice pour les sociétés coloniales, et que nous sommes à l’aube d’une révolution.

En prison, ma colère envers les Blancs s’était apaisée mais ma haine du système s’était accrue. Je voulais que l’Afrique du Sud voie que j’aimais jusqu’à mes ennemis tout en haïssant le système qui avait fait naître notre affrontement.»

— Nelson Mandela

Depuis le dépôt du rapport de la Commission de vérité et réconciliation en 2015, le terme «réconciliation» est dans toutes les bouches, et il passe de main en main avec les enveloppes budgétaires pour la mise en œuvre de ses 94 recommandations. Cette obsession de la réconciliation, récupérée principalement par la Couronne et ses représentants, est devenue un faux-fuyant pour la société dominante. Cette société, grugée par la culpabilité et la honte, est dominée par l’ambition d’oublier et de faire oublier 400 ans de violence coloniale dirigée contre les Premiers Peuples. Elle s’approprie avec voracité cette réconciliation devenue monomaniaque et en fait son image de marque. Ce fantasme de rapprochement entre la société actuelle et les Premiers Peuples tend à occulter, voire à effacer l’étape préalable et incontournable d’une hypothétique réconciliation: celle de la mise au jour de la vérité.

Un schéma génocidaire

La vérité, c’est que le projet génocidaire du XIXe siècle de John A. Macdonald, visant l’appropriation des territoires ancestraux, l’assimilation, la domestication et la pacification des Premiers Peuples au Canada, a toujours cours présentement. L’ancien premier ministre ne s’est jamais caché de son ambition de créer un grand dominion britannique, collé sur le modèle confédéral esclavagiste et suprémaciste du sud des États-Unis et purifié des «races bâtardes». Avec l’article 91 (24) de la Loi constitutionnelle de 1867, dont Macdonald fut l’architecte, «les Indiens et les terres réservées aux Indiens» devenaient une juridiction fédérale, des «choses» n’ayant d’utilité que par leur aliénation et leur exploitation. L’Indien-objet vient de naître. Son identité devient alors une fiction génétique, un «statut», et son territoire, un non-lieu, une «réserve». Toutes ses institutions politiques sont réduites à un «conseil de bande», conçu pour formater de «bons Indiens», qui doivent guider les «sauvages» de la noirceur vers la lumière de la civilisation.

Tout le reste devait tomber dans l’oubli.

Ce système, recommandé au premier ministre Macdonald par les commissions Bagot (1842-1844) et Pennefather (1856-1858), allait s’instituer par un double processus de déterritorialisation: matériel, d’une part, en déplaçant les Premiers Peuples de leurs terres ancestrales vers d’étroites réserves et en effectuant un nettoyage ethnique au service des spéculateurs fonciers; et culturel, d’autre part, en permettant par une série de mesures draconiennes, dont l’invalidation des traditions orales et juridiques, l’instrumentalisation des femmes, l’enlèvement des enfants et un «désensauvagement» ou «blanchiment» général des Premiers Peuples. Ces déconnexions devaient prévenir toute résurgence. Les pensionnats sont, en fait, la solution finale de ce processus dans lequel l’État fut largement aidé par les Églises et les grandes corporations.

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