Fait divers

Me, Myself and I

Les faits divers, c’est connu, sont une mine d’or pour les écrivains. L’histoire de Delphine Delamare a, semble-t-il, inspiré Madame Bovary ; Jean Genet s’est basé sur le crime des sœurs Papin pour écrire Les bonnes et François Mauriac, sur un célèbre procès pour Thérèse Desqueyroux. Plus près de nous, le meurtre du Docteur Holmes a servi de base à Anne Hébert dans Kamouraska et, tout récemment, Hugues Corriveau a repris, dans Les enfants de Liverpool, le meurtre horrible du petit James Bulger, deux ans et demi, par deux enfants de 10 ans. Oui, les faits divers dépassent souvent – et de beaucoup   – ce que pourrait imaginer un auteur.

Je l’avoue, les faits divers me passionnent. Curiosité, voyeurisme, désir d’y dénicher une idée de nouvelle ou de roman, je les traque comme certains auteurs collectionnent les citations. Par exemple, cet article paru dans Le Devoir du 12 juillet dernier sur une femme de 65 ans, découverte dans son appartement, à Trois-Rivières, plus d’un mois après son décès. Francine Pratte –  c’est son nom  –  est morte à la suite d’une insuffisance coronarienne aiguë. C’est l’odeur fétide qui se dégageait du logement qui a alerté l’entourage. Elle vivait dans un état de grand isolement, n’avait pas de visite de sa famille, d’après ce qu’on peut lire, et ne recevait qu’une fois par mois un téléphone d’un de ses fils. Le concierge, qui occupait son poste dans l’immeuble depuis cinq ans, ne la connaissait pas.

Qui était la victime? Comment a-t-elle pu échapper à l’attention du concierge pendant autant d’années? Était-elle dépressive, souffrait-elle de problèmes mentaux? Et pourquoi ses enfants ne la voyaient-ils pas? Est-ce à cause de leur éloignement, par manque de temps, ingratitude ou parce qu’elle avait un tempérament impossible? L’ar­ticle ne le mentionne pas, nous resterons avec nos questions. Si on demandait à des écrivains d’inventer une vie à cette femme, on se retrouverait assurément devant des textes fort différents les uns des autres.

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Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 318 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

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