Îlots urbains

Dobie Avenue, «TMR»

Réjean Ducharme, «Dobie Avenue, “TMR”», tiré de Morceaux du grand Montréal, sous la direction de Robert Guy Scully, Éditions du Noroît, 1978, p. 57-59.


L’été, quand on était petits, on était voisins. Moi en ramasseur de bêtes à patate, et leur ébouillanteur, dans une boîte de café Maxwell House. Lui en villégiature, pilote casse-cou de son bicycle à trois roues, avec la fraîche à Ginette Lagueux debout sur l’essieu. Il m’avait volé mon revolver. Je l’avais dit à ma mère, ma mère n’avait rien dit, il avait des parents pas de notre monde, elle ne voulait pas déclencher quelque cataclysme en les insultant.

Quand je me suis en venu à Montréal, je m’en suis souvenu. J’ai trouvé son nom dans le directory, listé en gras, j’ai téléphoné, c’était bien lui, il m’a dit viens crétin, je ne voulais pas tout de suite, je ne me sentais pas assez motivé, je lui ai promis d’y aller une bonne fois.

C’était la seule connaissance que j’avais en ville. Un soir que ça ne filait pas je me suis décidé. A change is better than a rest, comme j’avais appris depuis qu’on était petits. Un bungalow duplex split-level, une côte à pic pour entrer dans le garage, Dobie Avenue, coin Dunraven, le chauffeur d’autobus va m’aider, ils connaissent leur affaire. «Zallez monter jusqu’à Jean-Talon puis zallez prendre un 143 puis zallez débarquer à L’Acadie puis zallez demander au monde qui a là, ils vont vous renseigner.»

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