Dossier

Archéologie de la démocratie municipale

Si plusieurs voient dans la ville contemporaine le lieu de prédilection pour refonder la démocratie, un détour par l’histoire des municipalités met en lumière des possibilités insoupçonnées.

Extrait du livre À nous la ville! Traité de municipalisme, Écosociété, p. 96-101.

Le municipalisme, comme la démocratie, plonge ses racines dans l’aube de l’histoire humaine. Loin d’être une pure invention occidentale, remontant à la Cité athénienne ou au début des temps modernes, la démocratie définie comme «prise de décision collective par l’ensemble d’un groupe» s’est manifestée à travers les âges et de nombreuses cultures. L’anthropologue David Graeber montre à ce titre une série d’exemples de «communautés égalitaires» comme les «communautés des frontières à Madagascar ou dans l’Islande médiévale, les bateaux de pirates, les communautés de commerçants de l’Océan Indien» ou encore les «institutions fédérales iroquoises [qui] pourraient bien avoir eu une influence sur la Constitution des États-Unis». Il ne s’agit pas ici de faire une histoire épique de la démocratie à travers l’histoire, mais bien de mettre en relief quelques visages qu’a pu prendre la démocratie municipale à différentes époques, notamment à travers l’institution de la cité ou de la commune conçue comme autogouvernement local ou communauté politique réfléchie. [...]

Le détour par la Cité athénienne comporte un avantage indéniable, puisqu’elle permet de mettre au jour l’origine étymologique du terme démocratie, qui est très souvent défini comme le pouvoir (kratos) du peuple (dêmos). Or, le mot dêmos ne renvoie pas d’abord à la totalité des membres d’une communauté politique, mais bien au «dème», c’est-à-dire à la circonscription administrative de base de la vie civique athénienne. En -508 av. J.-C., le grand réformateur Clisthène modifia profondément le système politique athénien en remplaçant les anciennes structures politiques fondées sur la richesse et les groupes familiaux par un système de division territoriale permettant d’étendre la participation populaire. Cette réforme visait notamment à contrer le pouvoir de classe des élites et des clans. [...]

Les dèmes représentaient des quartiers ou des villages, qui étaient regroupés en trittyes, puis en tribus qui formaient enfin la Cité (polis). La fonction du dème était triple: 1) organiser le territoire politique de la Cité en reliant la ville, l’intérieur et la côte; 2) assurer l’autogestion des services locaux et former les citoyens aux pratiques d’autogouvernement; 3) servir de base à la sélection des membres du Conseil des Cinq Cents (boulê). Cette brève présentation permet de tirer deux constats. D’une part, l’unité démocratique de base n’est pas l’État, ni même la ville, mais le milieu de vie ou le voisinage, lequel permet de préparer les individus à participer directement à l’exercice du pouvoir politique au sein de l’assemblée citoyenne (ekklèsia). D’autre part, le mécanisme de sélection des membres de la boulê n’était pas basé sur le vote mais sur le tirage au sort (parmi une banque de volontaires). Ainsi, la démocratie athénienne n’était pas fondée sur le principe de représentation, mais sur l’idée de rotation des charges et de la participation citoyenne directe aux affaires publiques. [...]

La suite de cet article est protégée

Vous pouvez lire ce texte en entier dans le numéro 320 de la revue Liberté, disponible en format papier ou numérique, en librairie, en kiosque ou via notre site web.

Mais pour ne rien manquer, le mieux, c’est encore de s’abonner!