Des conditions s’appliquent

Foi et religion ne font pas toujours bon ménage.

Je n’ai pas des centaines d’exemples sous la main, mais celui-ci est tonitruant. Il s’agit de mon ami Galt, un rejeton d’Alissa Rosenbaum alias Ayn Rand, qui ne dépasse jamais la limite des trois premiers scotches sans que sa haine des religions flambe. Il interdit qu’on allume les lampions sur les gâteaux d’anniversaire, il hurle: «Croire en Dieu! En D‑i‑e‑u? En 2014?» Alissa Rosenbaum alias Ayn Rand, une des trois mères de l’objectivisme américain, a enseigné que la nature de la femme, à l’exception de la sienne propre, la consacrait à la vénération de l’homme, et celle de l’homme à la vénération de lui-même. Que chaque individu se doit de se procurer sa propre échelle de pompier, ce serait un résumé de cette pensée libertarienne vendue à des millions d’exemplaires, et que In God We Trust n’est pas un crucifix, mais une devise nationale imprimée sur toutes les devises nationales américaines.

Rester sobre sans sombrer. Compter sa peine et son pain perdu. Inutile d’endiguer la nécessaire dépense d’adrénaline qui, soit dit en passant, a pour effet secondaire de soulager les douleurs arthritiques. C’est la multiplication des débats sur la Charte qui a provoqué une nouvelle hémorragie de la vieille haine de Galt contre cette espèce humaine qui n’a pas trouvé mieux que d’inventer des religions pour se faire évoluer, pour s’amener à renoncer à sa barbarie d’espèce barbare qu’elle n’a pas cessé d’être, et, sans vouloir t’interrompre, mon cher Galt, je voudrais juste dire une petite chose qui ne nécessite ni rage ni courage: aucune religion n’a jamais obligé ni n’oblige ni n’obligera jamais personne à croire à l’existence de Dieu ou des dieux. Mieux vaut parler aux murs. Les religions ont certainement obligé des milliers de per­sonnes à faire semblant qu’elles croyaient en leur Dieu, en ont massacré des milliers qui refusaient de faire semblant, c’est-à-dire de se conformer aux règles et génuflexions édictées du faire semblant, en ont torturé des milliers pour découvrir si le semblant était un semblant réel ou un semblant semblant. Une des racines des extrémismes plonge certainement dans cette impossibilité de vérifier la foi de quiconque, comme dans l’impossibilité de vérifier ses rêves. Une deuxième racine des extrémismes plonge et se tresse à la première, et c’est celle qui suppose que, si Dieu n’existe pas, dis-moi qui alors est plus fort que ton père qui vous bat, toi et ta mère, un problème qui n’a pas besoin qu’on l’arrose pour qu’il s’enracine.

Cette évidence si simple, si facile, que le fait de pratiquer une religion n’implique pas la foi en Dieu, mais bien la pra­tique sociale de l’apparence de cette foi, échappe totalement à Galt. Dommage, dommage que Galt ne puisse pas entendre que des milliers de personnes sur cette planète pratiquent une religion sans jamais se faire aucune angoisse morbide au sujet de l’existence de Dieu et des conséquences de la foi sur l’éjaculation artisanale parce que la religion qu’ils pratiquent leur assure un toit. Pourtant, c’est encore beau, des mouches à feu. Galt ne les supporte pas. Elles lui rappellent la lampe du sanctuaire désormais lampe du matrimoine. Il hurle: «Lampe du matrimoine!» Par contre, il est ado­rable quand il conclut que Dieu est descendu sur la terre par minou. Il regarde fixement le chat: «Ignominieux minou!» Parmi nous.

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