Partager le monde

n° 322 | Novembre 2018

Dans ce dossier, nous voulions aborder cette hospitalité qui existe hors du cadre juridique, adhérant à l’idée que l’hospitalité véritable, à l’échelle individuelle comme dans sa forme politique, commence là où la loi s’arrête. Nous constatons que les espaces que nous partageons, les lieux où nous cohabitons, sont de moins en moins hospitaliers. C’est à l’image de nos relations sociales, de plus en plus marquées par la méfiance, l’inimitié, le désengagement, la compétition. La crise politique de l’hospitalité nous renvoie aussi à une crise de nos imaginaires, comme le souligne avec justesse l’écrivain Patrick Chamoiseau. La mondialisation néolibérale a aseptisé notre rapport au monde et à l’Autre, tout en le chargeant d’une violence inouïe, au nom d’une logique économique étroite et infernale. Comment en sommes-nous venus à compter les personnes qui composent ces masses migrantes avant d’attester leur humanité ? À quel point faut-il haïr l’humain pour livrer tant de gens au ventre noir de la Méditerranée, avant de les abandonner dans des zones de non-droit, aux abords de l’Europe ? À quel degré de violence faut-il s’être accoutumé pour ne pas pleurer devant ces bancs publics dont l’accoudoir a été placé de façon à ce que personne ne puisse s’y étendre ?