Les régions à nos portes
295 | printemps 2012
Présentation

La littérature québécoise a pris son envol avec Au pied de la pente douce et Bonheur d’occasion, c’est-à-dire en arrivant en ville. Les manuels scolaires, d’ailleurs, adorent nous le raconter. L’affirmation, un peu simpliste, a comme grand avantage de marquer la rupture avec le Canada français et ses écrivains empêtrés dans le sol et le sang. Par la belle grâce du paysage urbain, le Québec, Dieu merci, s’arrachait ainsi au folklore. Une nouvelle génération d’auteurs s’aventure pourtant depuis peu dans ces territoires que l’on croyait délaissés depuis longtemps. Bien sûr, rien n’est jamais aussi marqué et, avant eux, il y a eu Jacques Ferron, Victor-Lévy Beaulieu, Pierre Yergeau et plusieurs autres. Il n’en demeure pas moins qu’avec Arvida de Samuel Archibald, Nikolski de Nicolas Dickner, Townships de William S. Messier ou Atavismes de Raymond Bock — pour ne nommer que ceux-là — quelque chose d’inédit se dessine. Ces auteurs, loin de nous assommer avec le terroir et la tradition, fouillent plutôt les entrailles de notre territoire. Ils nous révèlent du coup une présence au monde gavée de pertes et d’égarements. Ce n’est pas une raison pour hurler à un « nouveau mouvement littéraire québécois », mais la force de ces textes nous a séduits. Nous avons eu envie d’aller y voir de plus près. Bonne lecture.