Repenser la souveraineté
310 | Hiver 2016
Une nostalgie moderne

Il existe au sujet de Ducharme un secret bien gardé depuis la parution de son premier livre, L’avalée des avalés, en 1966: il est sans doute l’un des seuls grands auteurs de la Révolution tranquille – donc un auteur «moderne» – à être résolument tourné vers le passé. Un paradoxe assez dur à accepter, voire simplement à constater, pour tous ceux qui ont pu le considérer, lui, le plus jeune des romanciers québécois alors célébrés tant en France qu’ici, comme une sorte «d’astre jetant des feux de toute première grandeur» dans «notre aurore littéraire», selon les termes d’un article du Sept-Jours paru en 1967 (Oui, oui, le Sept-Jours...). Car qui dit aurore dit jour nouveau, renaissance, émergence d’une longue nuit ou d’une «grande noirceur», bref sentiment d’espoir résolument tourné vers le futur, de «révolution» sociale. Mais voilà, quand on y regarde bien, Ducharme, sur qui on a voulu projeter cette espèce d’utopie de renouvellement, présente dans son œuvre une conception du temps, et plus généralement une vision du monde, souvent située aux antipodes de celle qui dominait à l’époque de ses premiers romans. C’est là, je crois, un facteur déterminant dans la fameuse «affaire Ducharme» – vous savez, toute cette histoire d’écrivain «fantôme  qui refuse obstinément d’apparaître en public –, caché dans l’ombre des projecteurs, dissimulé entre les lignes des romans et étouffé sous l’enflure d’un discours médiatique obsessionnel. Il me semble que l’œuvre de Ducharme gagnerait à être relue sous cet angle. Peut-être remarquera-t-on alors qu’elle s’avère pas mal moins «emblématique» de la Révolution tranquille qu’on a pu le croire…

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Extrait du texte publié dans le numéro 310 de Liberté. Pour lire ce numéro en version intégrale, visitez notre boutique.