Habiter ou exploiter le monde?
311 | Printemps 2016
Une mésaventure intellectuelle

Chapeau: 

Avec lucidité, Monique LaRue convoque Hannah Arendt afin de cerner une controverse dont elle a été l’épicentre.

C’est en 2013 que La leçon de Jérusalem trouve son point de départ. Monique LaRue assiste à une projection du très bon film de la cinéaste allemande Margarethe von Trotta consacré à la controverse créée par Hannah Arendt à la publication, en 1963, de son livre Eichmann à Jérusalem. Le film agit comme un révélateur et elle décide alors de revenir sur « L’Affaire LaRue ». Rappelons les méandres de cette histoire, éclaircie par le professeur Dominique Garand dans nombre de publications.

En 1996, LaRue avait prononcé à l’Université de Montréal la conférence « L’arpenteur et le navigateur », où elle rapportait les propos d’un collègue écrivain défendant l’idée qu’une littérature nationale consistante et intègre devrait se méfier de l’emprise des auteurs « migrants » sur ses institutions. L’écrivaine avait choisi d’explorer le fonctionnement de ce discours identitaire plutôt que d’en réfuter chacun des arguments. Dans son texte, LaRue mettait de l’avant sa compétence de romancière, à l’écoute des mots des autres, déterminée à se « colleter au réel, à [s]’y cramponner et à y revenir sans cesse pour le saisir, car les mots, c’est connu mais on l’oublie si vite, peuvent nous emporter loin de la réalité, et ce n’est pas ce que nous voulons faire ici », rappelait-elle dans le texte. Elle n’aurait su mieux dire.

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Extrait du texte publié dans Liberté n° 311. Pour lire ce numéro en version intégrale, visitez notre boutique.